Entre le Groenland, le Venezuela, la guerre en Ukraine, Gaza… Fort occupé sur de nombreux fronts internationaux, Donald Trump ne perd pas de vue son ennemi juré : l’Iran. Le dirigeant américain a affirmé jeudi 22 janvier qu’une «armada» navale américaine était en route pour le golfe Persique, afin de maintenir la pression sur Téhéran, alors que la perspective d’une intervention militaire semblait s’être éloignée. Donald Trump a plusieurs fois menacé de frapper l’Iran en réponse à la répression du récent mouvement de contestation dans ce pays, mais il avait semblé revenir sur cette menace la semaine dernière après avoir assuré que Téhéran avait suspendu les exécutions prévues de manifestants.
Vu de Téhéran
«Nous avons beaucoup de navires qui se dirigent dans cette direction, au cas où», a-t-il assuré à des journalistes à bord de l’avion présidentiel Air Force One, qui le ramenait du Forum économique mondial de Davos, en Suisse. «Je préférerais que rien ne se passe, mais nous les surveillons de très près», a ajouté le milliardaire américain. Il a toutefois laissé la porte ouverte au dialogue à Davos : «L’Iran veut effectivement parler, et nous parlerons».
L’Iran a «le doigt sur la gâchette»
Mais le chef des Gardiens de la révolution, Mohammad Pakpour, a jeté de l’huile sur le feu jeudi, affirmant que ses forces avaient «le doigt sur la gâchette». «Le corps des Gardiens de la révolution islamique et notre cher Iran ont le doigt sur la gâchette, plus préparés que jamais, prêts à exécuter les ordres et mesures du guide suprême, un leader qui leur est plus cher que leur propre vie», a prévenu Pakpour, en faisant référence à l’ayatollah Ali Khamenei.
Ses propos ont été lus à la télévision d’Etat à l’occasion du jour de célébration nationale des Gardiens de la révolution, bras idéologique du guide suprême et force armée extrêmement organisée, accusée par les organisations de droits humains d’avoir orchestré la répression meurtrière du vaste mouvement contestataire en Iran. Un autre haut responsable militaire iranien, le général Ali Abdollahi Aliabadi, a de son côté averti qu’en cas d’attaque américaine, «tous les intérêts, bases et centres d’influence américains» seraient des «cibles légitimes» pour les forces armées iraniennes.
L’Iran et les Etats-Unis, ennemis jurés depuis la Révolution islamique de 1979, ne cessent d’échanger des menaces. Donald Trump avait ainsi haussé le ton mardi à l’égard des dirigeants iraniens, menaçant de les «rayer de la surface de la Terre» si «quoi que ce soit» lui arrivait. Plus tôt, le général iranien Abolfazl Shekarchi l’avait menacé de mort si Washington s’en prenait à l’ayatollah. Tout en brandissant lui aussi la menace d’une riposte, le ministre iranien des Affaires étrangères, Abbas Araghchi, dans une tribune publié mardi dans le Wall Street Journal, avait assuré que l’Iran était toujours «prêt à mener des négociations réelles et sérieuses».
Plus de 20 000 morts possibles
Cette escalade des tensions entre les deux nations s’inscrit dans un contexte de mobilisation massive de la population en Iran, déclenchée le 28 décembre et qui a pris une ampleur majeure le 8 janvier, défiant ouvertement la République islamique, avant d’être violemment réprimée.
Reportage
La télévision d’Etat iranienne, citant la Fondation iranienne pour les martyrs et les anciens combattants, a annoncé mercredi que 3 117 personnes avaient été tuées, un premier bilan officiel très inférieur à ceux avancés par des défenseurs des droits humains. Selon l’ONG Iran Human Rights (IHR), basée en Norvège et dont les chiffres sont cités par l’ONU, au moins 3 428 manifestants ont été tués mais le bilan pourrait même dépasser les 20 000 morts.
Une coupure nationale d’Internet, qui a permis selon des organisations des droits humains de masquer la répression, dure depuis «deux semaines complètes», a relevé jeudi l’ONG de surveillance de la cybersécurité Netblocks, précisant que ces derniers jours l’accès a été très sporadique et limité à des sites gouvernementaux.




