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Violences

En Cisjordanie, une nouvelle attaque de villages palestiniens par des colons fait réagir le gouvernement israélien

Des colons israéliens ont incendié plusieurs maisons et des véhicules dans les villages de Jabaa et Umm al-Khair ce lundi 17 novembre, peu après l’évacuation d’un avant-poste de colonisation par les autorités israéliennes.

Des heurts entre forces de sécurité israéliennes et colons, en Cisjordanie, ce lundi 17 novembre 2025. (MENAHEM KAHANA/AFP)
Publié le 17/11/2025 à 21h28

Situés près de Bethléem, deux villages palestiniens de Cisjordanie, Jabaa et Umm al-Khair, ont été attaqués par des colons israéliens ce lundi 17 novembre en début de soirée. L’armée israélienne dit être intervenue pour tenter d’arrêter des suspects après avoir reçu des informations sur une descente de «plusieurs dizaines de civils israéliens ayant incendié et vandalisé des maisons et des véhicules». Le journal Haaretz diffuse des photos et des vidéos de ces violences.

Cette attaque pourrait être une réaction au démantèlement par les forces de sécurité israéliennes d’un avant-poste de colonisation juive dans les environs, plus tôt dans la journée. Plusieurs centaines de policiers et soldats ont fait démolir à l’aide de pelleteuses et évacuer l’avant-poste de Tzour Misgavi, au sud de Jérusalem. Des heurts ont eu lieu et les soldats ont tiré des grenades fumigènes et assourdissantes. Selon les médias israéliens, 25 familles ont été évacuées.

Par la suite, un groupe Telegram lié aux «Jeunes des collines», mouvance de colons radicaux partisans de l’action directe contre les Palestiniens, a publié une vidéo d’un véhicule en feu avec pour légende : «Village de Jabaa, district de Bethléem, à quelques minutes de la colline évacuée aujourd’hui».

Le Premier ministre israélien Benyamin Nétanyahou lui-même a dénoncé ce lundi soir ces attaques contre des villages palestiniens : «Je prends très au sérieux les émeutes violentes fomentées par une poignée d’extrémistes qui ne représentent pas les colons en Judée-Samarie [la Cisjordanie, ndlr] et qui tentent de se faire justice eux-mêmes», a déclaré le chef du gouvernement israélien dans un communiqué. «Je compte m’occuper personnellement de cette question et convoquer les ministres concernés dès que possible pour répondre à ce phénomène grave», a-t-il affirmé.

Pour le ministre des Affaires étrangères israélien, Gideon Saar, ces «émeutiers […] nuisent à l’État d’Israël, déshonorent le judaïsme et causent du tort au projet de colonisation», a-t-il déclaré sur X.

Le chef de l’opposition, Yaïr Lapid, a de son côté déploré «une nouvelle étape dans l’escalade de la violence» menée par «des criminels violents [dont] il est temps de s’occuper avec la plus grande fermeté», le dirigeant de la coalition de gauche Les Démocrates, Yaïr Golan, déplorant lui un «terrorisme juif […] hors de contrôle».

«Activités criminelles»

L’évacuation de l’avant-poste des colons a été menée par l’armée israélienne «après que des activités criminelles et de graves incidents de violence sur le site ont affecté la sécurité de la zone», a écrit le Cogat, l’organisme du ministère de la Défense israélien supervisant les activités civiles dans les Territoires palestiniens. Tsahal est déterminée à lutter «contre les constructions illégales qui nuisent à la sécurité et à l’ordre public de tous les habitants de la région», a ajouté l’organisme.

Partisan de la colonisation et lui-même colon, le ministre des Finances d’extrême droite Bezalel Smotrich, chargé aussi des affaires civiles dans les Territoires palestiniens, avait ordonné cette évacuation car l’avant-poste de Tzour Misgavi était installé sur un terrain pour lequel les autorités ont un projet de construction en cours. «Personne ne va m’apprendre comment on construit des implantations», a-t-il déclaré dans un communiqué, notant que les personnes évacuées manu militari s’étaient installées sans l’aval des autorités.

Le lieutenant-général Eyal Zamir, chef d’état-major de l’armée israélienne avait affirmé mercredi vouloir mettre fin aux attaques commises par des colons juifs en Cisjordanie occupée, où l’ONU a recensé en octobre un pic des violences en près de deux décennies. Ces dernières semaines, les attaques attribuées à des colons de plus en plus violents se sont multipliées en Cisjordanie, visant des Palestiniens mais aussi des militants anticolonisation israéliens ou étrangers, des journalistes et aussi des soldats et policiers israéliens.

Israël occupe la Cisjordanie depuis 1967. Plus de 500 000 Israéliens y vivent aujourd’hui dans des colonies que l’ONU juge illégales au regard du droit international, au milieu de quelque trois millions de Palestiniens. Les avant-postes, établis par des colons dans le but de créer des faits accomplis sur le terrain, sont illégaux au regard de la loi israélienne, même si dans les faits nombre d’entre eux finissent par être légalisés par les autorités.

La colonisation de la Cisjordanie s’est poursuivie sous tous les gouvernements israéliens, de gauche comme de droite, depuis 1967 et s’est nettement intensifiée sous l’exécutif actuel, en particulier depuis le début de la guerre à Gaza déclenchée le 7 octobre 2023 par l’attaque terroriste du Hamas sur Israël.

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