En résumé :
- Selon l’ONG Iran Human Rights, la répression du mouvement commencé le 28 décembre s’intensifie. L’organisation dit avoir confirmation de la mort de 648 manifestants au total, et d’environ 10 000 arrestations. Mais la réalité pourrait être bien plus noire, craint IRH, qui évoque des rapports, pour l’heure non confirmés, allant jusqu’à 6 000 morts.
- Le pays est sous cloche depuis le 8 janvier et la coupure par le régime des accès à Internet, qui empêche la population de partager avec le reste du monde des informations sur les manifestations en cours et leur répression.
- Donald Trump a appelé ce mardi les Iraniens à poursuivre leurs manifestations contre le régime de Khamenei, assurant que «de l’aide est en route», sans plus de précision. Son émissaire spécial, Steve Witkoff, a rencontré le fils du chach, Reza Pahlavi, selon le média américain Axios.
- Retrouvez notre live de lundi ici sur l’un des plus vastes mouvements de contestation depuis la proclamation de la République islamique en 1979.
Trump menace une nouvelle fois le régime iranien
Le président américain a déclaré ce mardi soir sur la chaîne CBS News que «personne n’a encore pu donner de chiffre exacte», mais que le nombre de morts en Iran du fait de la répression «pourrait être assez considérable». Il a aussi été interrogé à la suite de possibles pendaisons à venir de manifestants, le parquet iranien ayant annoncé ce mardi que certaines des personnes arrêtées lors du mouvement de contestation étaient passibles de la peine de mort. «S’ils les pendent, vous allez voir certaines choses… Nous prendrons des mesures très fortes», a assuré Donald Trump. Il a plusieurs fois menacé la République islamique de «frapper très fort» en cas de répression sanglante, mais n’est pas passé à l’acte.
Les manifestants pris pour cible au niveau des yeux, selon un soignant
Un ophtalmologue de Téhéran cité par le Guardian ce mardi affirme avoir recensé plus de 400 blessures oculaires dans un seul hôpital causées par des coups de feu. Selon le médecin, les forces de l’ordre du régime des mollahs «tirent délibérément sur la tête et les yeux» des manifestants «afin qu’ils ne puissent plus voir, comme ils l’ont fait en 2022 [lors du mouvement Femme, vie, liberté, ndlr]». Le soignant a ajouté auprès du journal britannique que de nombreux patients ont dû subir une ablation des yeux et sont par conséquent devenus aveugles.
Musk rend gratuit l'accès à son service internet Starlink en Iran
C’est l’une des solutions pour que les Iraniens puissent, peut-être, contourner le blocage d’internet mis en place par le régime. Le groupe SpaceX d’Elon Musk a supprimé les frais d’abonnement au système Starlink en Iran, afin que les personnes disposant d’un récepteur dans le pays puissent accéder au service sans payer, affirme l’agence Bloomberg ce mardi soir, citant plusieurs sources. Ces connexions passent par des boîtiers, dont les médias iraniens en exil estiment le nombre dans le pays à environ 50 000 appareils. Mais les autorités cherchent à brouiller leurs signaux et à appréhender leurs détenteurs.
Interview
De premières victimes de la répression identifiées
Alors que les bilans du nombre de morts sont très difficiles à établir, l’identité des victimes de la répression en Iran reste également compliquée à établir. L’une des premières victimes dont le nom circule est Rubina Aminian, une jeune étudiante kurde de 23 ans qui étudiait à l’université de Shariati à Téhéran. Elle aurait été tuée le 8 janvier à Téhéran par les forces de sécurité. Sa mère raconte avoir recherché son corps, et qu’elle aurait été tuée lors d’une manifestation à Téhéran, d’après les informations données par le photojournaliste Reza à Libération.
Selon l’ONG Hrana, un homme âgé de 29 ans, Mahmoud Mousavi aurait été tué par les forces de sécurité iraniennes sur l’île de Qeshm, dans le Golfe persique. Le site Iran Wire évoque quand à lui la mort de Mansoureh Heydari et Behrouz Mansouri, un couple de la ville de Bouchechr, au sud-ouest de l’Iran, sur la côte du Golfe Persique. Selon l’institut kurde de Paris ont également été tués Rebin Moradi, (17 ans) étudiant et footballeur kurde, à Téhéran le 8 janvier 2026 et Emirali Heidari, (17 ans) étudiant kurde, à Kermanshah le 8 janvier 2026, ainsi que Emirali Heidari, (18 ans) étudiant, à Kahrizak le 7 janvier 2026. Ou encore Hossein Sherkol, tué à Ispahan le 8 janvier
Trump évasif sur «l'aide» qu'il a promis aux manifestants iraniens
Interrogé par des journalistes sur le sens de son message publié sur les réseaux sociaux plus tôt l’après-midi dans lequel il disait que «l’aide est en route» pour les manifestants en Iran, le président américain a entretenu le flou : «Vous allez devoir le découvrir par vous-mêmes. Je suis désolé». Lundi, la Maison Blanche avait affirmé que la possibilité de frappes aériennes était toujours sur la table, mais que la diplomatie demeurait «la première option».
L'émissaire spécial de Trump a rencontré le fils du chah
Steve Witkoff, fidèle parmi les fidèles du président américain, a eu une entrevue ce week-end avec Reza Pahlavi, le fils du dernier chah d’Iran, qui vit en exil aux Etats-Unis, afin de discuter des manifestations qui agitent le pays, a rapporté ce mardi soir au média Axios, citant un haut responsable américain anonyme. Le prince héritier est vu par une partie des opposants comme une alternative au régime de Khamenei. Mais le nombre de ses soutiens, tout comme son projet politique, restent flous. Son profil est à lire ici.
En Iran, le bilan se chiffre désormais en milliers de morts
Le pire scénario, celui d’un carnage à huis clos, se confirme. «L’ampleur des effusions de sang est effroyable», disait jeudi soir à Libération un journaliste de Téhéran. Les estimations montent désormais jusqu’à 5 000 tués depuis le début du soulèvement dans la république islamique, le 28 décembre. Plus de 10 000 protestataires ont par ailleurs été arrêtés. Notre article à lire ici.
Le bilan de la répression en Iran s'élève à 2 003 morts, selon une organisation de défense des droits humains basée aux Etats-Unis
L’organisation de défense des droits humains HRANA, basé aux Etats-Unis, a déclaré ce mardi avoir pu identifier 2 003 personnes tuées lors des manifestations en Iran. Parmi elles 1 850 manifestants, 135 personnes affiliées au gouvernement, 9 personnes âgées de moins de 18 ans et 9 civils non manifestants.
CheckNews
Sébastien Lecornu justifie la prudence de la France par la situation «préoccupante» de Cécile Kohler et Jacques Paris
Sébastien Lecornu a justifié ce mardi la «prudence» de la France sur la contestation en Iran par la situation «plus que fragile et préoccupante» de Cécile Kohler et Jacques Paris, détenus pendant plus de trois ans et actuellement assignés à résidence à l’ambassade de France à Téhéran. La France a «toujours un éminent devoir de protection de la communauté française présente en Iran», a souligné le Premier ministre devant l’Assemblée nationale, évoquant «la question de Mme Kohler et de M. Paris, qui sont encore actuellement à l’ambassade et dont vous savez très bien que la situation reste plus que fragile et préoccupante». «Parler de silence est excessif», a-t-il ajouté en réponse au chef de file des députés UDR Eric Ciotti, allié du Rassemblement national. «La République française se tient derrière» le «combat que mène le peuple iranien pour sa liberté, le respect de ses droits fondamentaux et les aspirations bien naturelles à vivre dans un autre régime politique, mérite d’être non seulement salué mais soutenu unanimement», a appuyé le chef du gouvernement.
L'Italie convoque l'ambassadeur iranien
Au tour de l’ambassadeur iranien en Italie d’être convoqué par le gouvernement italien. Le ministre des Affaires étrangères a confirmé ce mardi l’avoir appelé pour lui faire part de son indignation face à la répression «absolument inacceptable» menée par les autorités iraniennes pour étouffer les manifestations dans tout le pays. «Ces derniers jours, des hommes et des femmes à travers l’Iran se battent dans les rues et sur les places publiques, payant un prix très élevé», a dit le ministre Antonio Tajani devant la chambre basse du Parlement.
Berlin convoque l'ambassadeur d'Iran, appelle à la fin des violences contre les manifestants
Dans le sillage d’autres pays européens, l’Allemagne a annoncé ce mardi avoir convoqué l’ambassadeur iranien à Berlin, et appelé Téhéran «à mettre fin à la violence contre ses citoyens et à respecter leurs droits». «Les agissements brutaux du régime iranien contre sa propre population sont choquants», a ajouté le ministère allemand des Affaires étrangères dans un message posté sur X.
Londres convoque l'ambassadeur d'Iran pour dénoncer la répression des manifestations
Après les Pays-Bas, le Portugal et la France, au tour du Royaume-Uni de convoquer l’ambassadeur d’Iran pour dénoncer la «répression la plus brutale et la plus sanglante contre des manifestations» depuis des années, a annoncé ce mardi la cheffe de la diplomatie britannique, Yvette Cooper, devant les députés britanniques. «Sur mes instructions, le secrétaire d’Etat chargé du Moyen-Orient a convoqué l’ambassadeur d’Iran pour souligner la gravité du moment, et exiger de l’Iran qu’il réponde aux rapports horribles que nous recevons», et qui font état de «milliers de morts», a-t-elle indiqué.
Trump encourage les manifestants à amplifier la révolte et assure que «les secours arrivent»
Le président américain s’est fendu ce mardi d’un message révolutionnaire sur son réseau Truth Social. «Patriotes iraniens, CONTINUEZ À MANIFESTER - PRENEZ LE CONTRÔLE DE VOS INSTITUTIONS !!! […] DE L’AIDE EST EN ROUTE», a lancé Donald Trump aux manifestants, sans toutefois donner plus de détails. Le milliardaire a également fait savoir qu’il avait annulé toutes ses réunions avec des responsables iraniens jusqu’à ce que cessent les «meurtres insensés» de manifestants. Le chef d’Etat a également averti : «Retenez bien les noms des meurtriers et des agresseurs. Ils paieront le prix fort.» Et de conclure par un «MIGA !!!» tonitruant, pour «Make Iran Great Again».
La France convoque l'ambassadeur d'Iran pour dénoncer la répression des manifestations
La France a convoqué ce mardi l’ambassadeur iranien à Paris pour dénoncer la «violence d’Etat qui s’est abattue aveuglément sur les manifestants pacifiques», a annoncé le ministre des Affaires étrangères, Jean-Noël Barrot, devant les députés. «Nous ne nous arrêterons pas là : il ne saurait y avoir aucune impunité pour ceux qui tournent leurs fusils contre des manifestants pacifiques», a affirmé le chef de la diplomatie française, évoquant les sanctions «rapides» contre Téhéran promises par la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen.
Le Portugal convoque l'ambassadeur d'Iran
Le Portugal a annoncé ce mardi avoir convoqué l’ambassadeur d’Iran à Lisbonne pour lui faire part de sa «condamnation véhémente» de la «répression violente des manifestations» des derniers jours contre le régime de Téhéran. «Par ailleurs, dans un cadre de concertation européenne, le Portugal est prêt à renforcer les sanctions contre l’Iran», a précisé le ministère des Affaires étrangères sur son compte X. Lisbonne a ainsi appelé «à ce que soient respectés les droits des citoyennes et des citoyens iraniens». Le ministre des Affaires étrangères Paulo Rangel a convoqué le représentant de la diplomatie iranienne «pour lui transmettre de vive voix la condamnation véhémente, déjà réitérée ces derniers jours, de la répression violente des manifestations».
L'ex-impératrice appelle les forces de sécurité à rejoindre les manifestants
Farah Pahlavi, âgée de 87 ans et veuve du chah renversé par la révolution islamique de 1979, se fait l’écho de son fils, l’ex-prince héritier Reza Pahlavi - dont le nom est scandé par les manifestants -, en soutenant la révolte anti-régime. «Rappelez-vous que la survie d’aucun gouvernement, le maintien d’aucun avantage, ne justifient que le sang de vos compatriotes soit versé», a-t-elle écrit en s’adressant aux forces de sécurité, leur demandant d’entendre les «cris de colère et de rage» des manifestants et de les «rejoindre avant qu’il ne soit trop tard». «Je sais que les esprits sombres ont coupé vos moyens de communiquer avec le monde par peur d’entendre votre voix, mais sachez que votre message est trop fort pour être réduit au silence», a encore assuré l’ex-impératrice, qui s’est adressée aux Iraniens en les appelant «mes enfants». «Soyez forts et croyez que bientôt vous célébrerez ensemble la liberté en Iran, et que la lumière triomphera des ténèbres», a-t-elle ajouté.
Le nombre croissant de victimes en Iran est effrayant, selon Ursula von der Leyen
L’UE proposera «rapidement» de nouvelles sanctions à l’encontre des responsables de la répression des manifestations en Iran, a déclaré ce mardi la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen. «Le nombre croissant de victimes en Iran est effrayant. Je condamne sans équivoque l’usage excessif de la force et la restriction continue de la liberté», a écrit Ursula von der Leyen sur la plateforme de médias sociaux X. «De nouvelles sanctions à l’encontre des responsables de la répression seront rapidement proposées», a-t-elle aussi promis.
Les Pays-Bas convoquent l'ambassadeur iranien
Les Pays-Bas aussi. Le ministre néerlandais des Affaires étrangères a annoncé la convocation de l’ambassadeur de l’Iran à Amsterdam, en signe de protestation contre la violence «excessive» utilisée contre les manifestants depuis plusieurs jours. «L’Iran doit respecter les droits fondamentaux et restaurer immédiatement l’accès à internet. Les auteurs des violences doivent être tenus pour responsables», a commenté le chef de la diplomatie sur X.
Le Qatar s'alarme
En bon voisin, Doha s’inquiète. Alarmé par les escarmouches entre Téhéran et Washington, qui se menacent respectivement d’attaque et de réplique sur fond de contestation du régime iranien, le Qatar a affirmé mardi que «toute escalade» entre les Etats-Unis et l’Iran serait «catastrophique» pour la région. «Nous voulons donc l’éviter autant que possible», a déclaré le porte-parole du ministère qatari des Affaires étrangères, Majed al-Ansari, durant une conférence de presse à Doha.
Cécile Kohler et Jacques Paris assignés à l'ambassade de France
Les deux Français Cécile Kohler et Jacques Paris, assignés à l’ambassade de France à Téhéran en attente d’une potentielle libération, «vont bien», a annoncé son entourage à l’AFP, alors que la question de leur rapatriement ressurgit à la faveur du mouvement de contestation en Iran et du black-out décidé par le gouvernement en place. «Ils sont toujours assignés à résidence à l’ambassade. Ils sont avec les personnels essentiels [de l’ambassade] qui continuent à être très attentifs à leur égard», a informé Noémie Kohler.
«Leur sécurité est assurée», a souligné de son côté Anne-Laure Paris, la fille de Jacques Paris. «Ils se remettent peu à peu de leur détention, mais ils sont impatients de rentrer», a-t-elle ajouté au sujet des deux Français arrêtés et incarcérés à la prison d’Evin entre mai 2022 et novembre 2025. Hasard du calendrier, c’est ce 13 janvier que débute le procès de l’Iranienne Mahdieh Esfandiari pour apologie du terrorisme, aux côtés du militant antisémite Alain Soral. Son sort, fait valoir Téhéran, pourrait accélérer le retour des deux Français, ce que la diplomatie française s’est refusée à commenter.



