Après trois jours de manifestations contre le coût de la vie en Iran, écoles, banques et établissements publics vont rester fermés ce mercredi 31 décembre à Téhéran et dans la quasi-totalité du pays. Officiellement, la décision des autorités a été prise en raison du froid qui sévit dans le pays – alors que les températures sont loin d’être polaires, notamment dans la capitale – pour économiser l’énergie, à l’heure où l’hyperinflation rend la vie de plus en plus compliquée pour les Iraniens.
En toile de fond, c’est bien le dernier mouvement de contestation contre la vie chère qui motive toutes les décisions de ces derniers jours : faire économiser quelques rials aux familles pour tenter de faire baisser la tension qui monte depuis dimanche. En fermant les banques, le régime espère aussi calmer les retraits de liquide désordonnés alors que les taux de change s’envolent.
Car après les commerçants, les étudiants iraniens sont entrés dans la danse mardi 30 décembre : des manifestations ont éclaté dans au moins 10 universités à travers le pays. Sept sont situées à Téhéran et comptent parmi les plus prestigieuses du pays. D’autres établissements sont concernés à Ispahan (centre), Yazd (centre) et Zanjan (nord-ouest), ont rapporté les agences Ilna, proche des milieux ouvriers, et Irna, un média d’Etat.
Panahi applaudit, le Mossad aussi
Le vice-président de l’Université de Téhéran, Mohammad Reza Taghidokht, a indiqué dans les médias que quatre étudiants avaient été arrêtés mardi, puis relâchés dans la nuit. Dans la capitale, des universités ont aussi annoncé que leurs cours se tiendraient en ligne toute la semaine prochaine pour cause de froid, d’après Irna, qui n’établit aucun lien avec les manifestations.
Pour Jafar Panahi, réalisateur iranien, opposant au régime et Palme d’or du dernier festival de Cannes, «cette révolte est une volonté qui a décidé de persévérer, d’avancer et de faire avancer l’histoire ». « La douleur commune s’est muée en cri dans la rue. Depuis quatre jours, le peuple se tient debout, non pour se plaindre, mais pour réclamer le changement », se félicite-t-il sur Instagram.
Parti des commerçants et des classes populaires, cette contestation pousse le Président à multiplier les messages d’apaisement en direction de la population et d’hostilité vis-à-vis de l’extérieur. «J’ai demandé au ministre de l’Intérieur d’écouter les revendications légitimes des manifestants en dialoguant avec leurs représentants afin que le gouvernement puisse agir de toutes ses forces pour résoudre les problèmes et agir de manière responsable», a déclaré Massoud Pezeshkian sur le réseau social X. Il a lui-même rencontré mardi 30 décembre des responsables syndicaux et proposé plusieurs mesures fiscales, censées aider les entreprises, pour une durée d’un an, d’après l’agence de presse Mehr.
Ce mercredi, le Mossad israélien a invité les protestataires iraniens à intensifier leur mobilisation sociale. «Sortez ensemble dans les rues. L’heure est venue. Nous sommes avec vous», ont déclaré les services secrets extérieurs d’Israël sur leur compte X, s’adressant en langue farsie aux manifestants.
Rapide dépréciation de la monnaie
Mohammad Movahedi-Azad, procureur général de la République islamique, a répliqué illico. «Du point de vue judiciaire, les manifestations pacifiques pour la défense des moyens de subsistance […] sont compréhensibles», a-t-il déclaré, cité par la télévision d’Etat. Mais «toute tentative visant à transformer les manifestations économiques en un outil d’insécurité, de destruction des biens publics ou de mise en œuvre de scénarios conçus à l’étranger sera inévitablement suivie d’une réponse légale, proportionnée et ferme».
Les autorités ont fait état mercredi d’une attaque contre un bâtiment gouvernemental à Fassa, à 780 kilomètres au sud de Téhéran, sans préciser les circonstances ni mentionner les manifestations.
Dimanche et lundi, des commerçants de Téhéran ont fermé boutique pour dénoncer le marasme économique, exacerbé par la rapide dépréciation de la monnaie nationale sur fond de sanctions occidentales. Des manifestations spontanées avaient débuté dimanche 28 décembre dans le plus grand marché pour téléphones portables de la ville, avant de gagner en ampleur. Elles sont toutefois restées limitées en nombre et au centre de Téhéran, qui compte de nombreux commerces. L’immense majorité des boutiques ailleurs ont poursuivi leur activité.
Mise à jour le 31 décembre à 16h15 avec fermeture des universités de Téhéran et déclarations du cinéaste Jafar Panahi.




