C’en est fini du Rojava. L’administration kurde autonome dans le nord-est syrien a disparu dimanche 18 janvier, lorsque les forces gouvernementales se sont emparées de la province de Raqqa. Quelques heures plus tard, le général Mazloum Abdi, chef des Forces démocratiques syriennes (FDS), contrôlées par les Kurdes, signait un accord de cessez-le-feu avec le président syrien, Ahmed al-Charaa. Quatorze points dont le retour sous l’autorité du gouvernement central des provinces de Deir Ezzor et de Raqqa, ainsi que l’intégration des combattants des FDS dans les ministères de la Défense et de l’Intérieur.
Le texte a été accepté à distance par Mazloum Abdi, attendu ce lundi à Damas, pour «pour que cette guerre ne devienne pas une guerre civile». Ahmed al-Charaa, qui n’a eu de cesse de se dire en faveur d’une «Syrie unifiée» depuis qu’il a chassé Bachar al-Assad en décembre 2024, a gagné. L’administration kurde autonome n’existe plus. «Elle s’est effondrée, note depuis Raqqa Arthur Quesnay, docteur en sciences politiques à Paris-I-Panthéon-Sorbonne. Mazloum Abdi a été pris de court, il a été contraint d’accepter les termes et de ratifier l’accord. Mais il a eu le courage de lâcher et de ne pas aller vers les affrontements.»
Termes de l’accord
Le sort du Rojava s’est aussi joué à Alep, le 11 janvier. Après plusieurs jours de combats, les forces syriennes reprennent les quartiers d’Achrafieh et de Cheikh Maqsoud, à majorité kurde, aux FDS qui les contrôlaient. «Environ 300 combattants des YPG (Unités de protection du peuple) se sont rendus, explique un officiel du ministère des Affaires étrangères syrien. A peu près 300 autres sont partis dans le nord-est.»
Un accord signé dans la foulée prévoyait un retrait des forces kurdes des territoires d’Alep qu’elles avaient pris après la chute de Bachar al-Assad, jusqu’à l’Euphrate. Mais, selon une source sécuritaire, lors d’un appel à Ahmed al-Charaa, le vice-président américain, J.D. Vance, laisse entendre que l’armée américaine, présente dans l’est syrien, n’interviendra pas si les soldats syriens vont plus loin. Les deux camps s’accusent alors mutuellement d’avoir violé les termes de l’accord. Plusieurs tribus arabes de l’est, alliées aux Kurdes, se retournent, scellant la chute de Raqqa et Deir Ezzor. Lundi à la mi-journée, le cessez-le-feu était encore en vigueur, mais semblait précaire. «Dans l’ensemble, il tient, mais il y a eu des accrochages à Aïn Issa, Abbara et Kalta, explique une source humanitaire. Il y a aussi eu des combats à Al-Qadriyeh et Rmala, à proximité du barrage.»
Dizaines de milliers de détenus dans les prisons
Le sort des prisons sera particulièrement scruté. Les FDS en gèrent plusieurs dizaines, où sont détenus des anciens combattants de l’Etat islamique, ainsi que deux camps principaux à Al-Hol et Roj, où sont enfermés des femmes et des enfants, parfois depuis près de dix ans. Soit au total, plusieurs dizaines de milliers de détenus. Lundi, des tirs étaient signalés à la prison d’Al-Aqtan, à côté de Raqqa. «Apparemment, des habitants s’en sont approchés pour voir des proches et des snipers des FDS auraient ouvert le feu», affirme une source humanitaire. Des soldats de la coalition internationale contre l’Etat islamique, menée par les Etats-Unis et à laquelle participe la France, se sont rendus sur place. Des tentatives d’évasion ont par ailleurs été signalées dans le camp d’Al-Hol où certaines détenues auraient été transférées par la coalition.
Selon les termes de l’accord de cessez-le-feu, la gestion des prisons et des camps doit revenir au gouvernement. Mais le calendrier n’a pas été communiqué. «Il reste des détails à discuter mais comme les autres infrastructures publiques, ils passent sous notre autorité, explique l’officiel du ministère des Affaires étrangères. Le transfert se fera cette année.»
La résilience du cessez-le-feu se jouera aussi à Kobané et dans la province d’Hassaké. Kobané, adossée à la frontière turque, est l’un des symboles de la résistance kurde face à l’Etat islamique. Durant seize mois, en 2014 et 2015, les combattants du YPG, aidés par plusieurs pays étrangers, avaient tenu face aux jihadistes qui tentaient de s’en emparer, avant de les repousser. Kobané, comme Qamishli, qui fait office de capitale administrative, et comme les villes à majorité kurde de la province d’Hassaké, ont un statut spécial dans l’accord signé dimanche. Elles reviennent certes dans le giron de Damas, mais elles conservent une forme d’autonomie locale. «La principale différence résidera dans la gestion de la sécurité, avec la création d’une police locale», poursuit la source officielle. La province d’Hassaké devrait, elle, être gouvernée par un Kurde.




