Francesca Albanese a du soutien. Prise à partie par les autorités françaises et allemandes, qui réclament sa démission pour des propos récents sur Israël, l’Italienne, rapporteuse de l’ONU pour les territoires palestiniens, a reçu l’appui de plus d’une centaine de personnalités du monde de la culture, dans une tribune publiée samedi 14 février.
Parmi ces personnalités, la prix Nobel de littérature Annie Ernaux, les acteurs Javier Bardem, Mark Ruffalo et Susan Sarandon, les chanteurs Peter Gabriel et Camélia Jordana ou encore l’humoriste Pierre-Emmanuel Barré, réunis sous l’ombrelle du collectif «Artistes pour la Palestine» . «Nous apportons tout notre soutien à Francesca Albanese, défenseure du droit des peuples, donc, aussi, du peuple palestinien, à exister», souscrivent-ils, ajoutant : «Nous sommes infiniment plus nombreux, aux quatre coins de la Terre, à vouloir que la force ne fasse plus loi.»
Cet appui intervient au milieu d’une polémique qui n’a cessé d’enfler après une lettre adressée mardi par un groupe de députés du camp présidentiel au ministre des Affaires étrangères Jean-Noël Barrot, pour dénoncer des propos «antisémites» de l’experte italienne auprès de l’ONU et demander que la France «œuvre» pour qu’elle soit «déchue de tout mandat onusien».
«Une longue liste de prises de position scandaleuses»
Selon ce groupe d’élus, parmi lesquels la députée Caroline Yadan, qui a récemment déposé une proposition de loi sanctionnant «les formes renouvelées d’antisémitisme» et dont certaines dispositions ont fait craindre, y compris au Parti socialiste, «une atteinte disproportionnée à la liberté d’expression», Francesca Albanese a désigné dans une intervention publique «Israël comme un ennemi commun de l’humanité».
Une alerte à laquelle le chef de la diplomatie française Jean-Noël Barrot n’est pas resté sourd. Ce dernier a demandé devant le Parlement la démission de Francesca Albanese pour ses «propos outranciers et coupables qui visent […] Israël en tant que peuple et en tant que nation, ce qui est absolument inacceptable». Ces propos, a-t-il fait valoir, «s’ajoutent à une longue liste de prises de position scandaleuses, justifiant le 7-Octobre, pire massacre antisémite de notre histoire depuis la Shoah, évoquant le lobby juif, ou encore comparant Israël au Troisième Reich». Il a été rejoint jeudi par son homologue allemand, Johann Wadephul.
Les soutiens de Francesca Albanese ont dénoncé, eux, une demande fondée sur une «fausse information». L’ancien diplomate israélien Daniel Levy a par exemple assuré auprès du Monde que «le ministre Barrot déforme les faits et dénature l’ensemble du travail de la rapporteuse spéciale de l’ONU. S’il a été mal informé, alors il devrait retirer ses accusations et présenter des excuses.»
«Je n’ai jamais, jamais, jamais dit “Israël est l’ennemi commun de l’humanité”»
Les signataires eux, rappellent les propos de la rapporteuse : « Le fait que, au lieu de freiner Israël, la majeure partie du monde l’ait armé, lui ait fourni des excuses politiques, un abri politique ainsi qu’un soutien économique et financier [...], que la majeure partie des médias dans le monde occidental ait amplifié le récit pro-apartheid et celui du génocide constitue un défi. Et, en même temps, cela crée une opportunité. Parce que si le droit international a été poignardé en plein cœur, il est également vrai que jamais auparavant la communauté mondiale n’avait été confrontée aux défis que nous affrontons tous. Nous, qui ne contrôlons pas de grandes quantités de capitaux financiers, d’algorithmes ni d’armes, nous voyons maintenant que nous avons, en tant qu’humanité, un ennemi commun.»
Chronique
Francesca Albanese a également assuré, sur France 24, mercredi 11 février, n’avoir «jamais, jamais, jamais dit “Israël est l’ennemi commun de l’humanité”. [...] J’ai parlé des crimes d’Israël, de l’apartheid, du génocide et j’ai condamné comme l’ennemi commun le système qui ne permet pas d’amener en justice et d’amener à une cessation des crimes d’Israël.»




