
Fumées toxiques dues à l’extraction pétrolière en Irak : «Si les jeunes restent ici, ils ne vivront pas vieux»
«Voyons le bon côté. Je fume et j’ai la lumière vingt-quatre heures sur vingt-quatre, tout ça gratuitement», ironise Abbas. Depuis sa chambre, dans le village d’Al-Shu’aybah, près de Bassora, le jeune homme de 21 ans jette un coup d’œil désabusé par une fenêtre mal fixée. A quelques centaines de mètres, un complexe pétrolier exploité par la South Refineries Company se dresse à l’horizon. Impossible de l’ignorer : cinq immenses torchères y brûlent en permanence les gaz émis par le raffinage.
Tous les soirs, Abbas assiste au même spectacle. Peu après le crépuscule, la nuit irakienne semble embrasée de mille feux ; un voile orange nimbe le ciel et donne au hameau des allures apocalyptiques. Et pourtant, il y a plus grave encore. «Suivant le sens du vent, il m’arrive d’avoir des crises de toux à l’intérieur de la maison, tant la fumée qui s’échappe des torchères est toxique, et nos domiciles mal isolés. Il en va de même dans tout le village», assure-t-il.
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Car Al-Shu’aybah n’est pas épargné. Outre cette raffinerie, deux autres exploitations un peu plus lointaines – Zubair au sud, Rumaila à l’ouest – sont visibles à l’œil nu. Conséquence, la bourgade semble prisonnière d’un cercle de feu. Et quel que soit le sens du vent, c’est la même sensation d’étouffement qui saisit ses habitants. Abbas l’assure : il connaît plus d’une dizaine de personnes atteintes de cancers, «principalement des voies respiratoires». «Demandez à n’importe qui ici, tout le monde a un ou plusieu