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Gaza : l’armée israélienne entre les armes à la main dans l’hôpital Al-Shifa pour une opération «ciblée» contre le Hamas

Après l’avoir assiégé pendant plusieurs jours, les soldats de Tsahal ont porté dans la nuit du mardi 14 au mercredi 15 novembre les combats jusqu’à l’intérieur du plus grand établissement de santé de la bande de Gaza. Il abriterait un QG du Hamas, selon Israël.

Un soldat israélien dans le nord de la bande de Gaza, le 7 novembre. (Israel Defense Forces/Xinhua/ABACA)
Publié le 15/11/2023 à 8h49

Les combats se déroulent désormais dans les couloirs de l’hôpital. L’armée israélienne a lancé dans la nuit du mardi 14 au mercredi 15 novembre une opération «ciblée» contre le Hamas à l’intérieur de l’hôpital Al-Shifa, le plus important de la bande de Gaza, où s’entassent des milliers de personnes mais qui reste considéré comme un site militaire stratégique du mouvement islamiste par Israël et les Etats-Unis. Peu après minuit, les forces de l’Etat hébreu ont d’abord affirmé mener une «opération ciblée et de précision» «dans un secteur spécifique» de l’établissement de santé. Elles ont ensuite affirmé vers 7 h 30 que leur opération était «toujours en cours».

Un haut responsable de l’administration du Hamas a affirmé à l’AFP être présent dans la structure : «Je vois des dizaines de soldats et de commandos aux urgences et à la réception et il y a des chars qui sont entrés dans le complexe de l’hôpital», a déclaré à l’AFP Youssef Abul Rich, un haut responsable du ministère de la Santé contrôlé par le Hamas, appelant l’ONU et la communauté internationale à intervenir «immédiatement» pour mettre fin à cette opération.

En parallèle des combats sanglants, l’armée israélienne tente de se prémunir des critiques. «Nous disposons d’équipes médicales et de personnes parlant arabe qui ont été entraînées spécifiquement pour cet environnement sensible et complexe et ce dans le but qu’aucun tort ne soit causé aux civils utilisés par le Hamas comme boucliers humains». Tsahal assure aussi avoir amené dans l’établissement sanitaire «des couveuses, des aliments pour bébés et du matériel médical».

Plusieurs milliers de personnes, malades, personnels et civils déplacés par la guerre, se trouvent sur le site de l’hôpital Al-Shifa, encerclé depuis plusieurs jours par l’armée israélienne. Le directeur de l’hôpital, Mohammed Abou Salmiya, a déclaré qu’au moins «179 corps» avaient été enterrés mardi dans une fosse commune. «Il y a des corps qui jonchent les allées du complexe hospitalier et les chambres frigorifiées des morgues ne sont plus alimentées» en électricité, a raconté à l’AFP le directeur, avant l’opération israélienne dans cet hôpital du centre de la ville de Gaza.

«Centre de commandement» et «boucliers humains»

Dans la nuit de mardi à mercredi, le ministère de la Santé avait dit avoir été notifié par l’armée israélienne de son intention de mener une opération dans cet hôpital au cœur du conflit. «Nous tenons l’occupation [nom donné par le Hamas à Israël, ndlr], la communauté internationale, les Etats-Unis entièrement responsables de la sécurité des milliers de membres des équipes médicales, blessés, déplacés dans l’enceinte. Nous mettons en garde contre un massacre à l’hôpital», avait rétorqué le ministère.

L’armée israélienne estime que l’hôpital Al-Shifa abrite des infrastructures stratégiques du Hamas, qui se sert selon elle de la population comme de «boucliers humains». Renchérissant sur des affirmations de son allié israélien, la Maison Blanche a assuré mardi que le Hamas et l’autre groupe islamiste palestinien du Jihad islamique avaient «un centre de commandement et de contrôle depuis l’hôpital Al-Shifa».

«L’adoption par la Maison Blanche et le Pentagone du faux récit de l’occupation selon lequel la résistance utilise le complexe médical Al-Shifa à des fins militaires a donné le feu vert à l’occupation pour commettre davantage de massacres contre les civils», a répondu le Hamas, classé «terroriste» par les Etats-Unis, l’Union européenne et Israël.

«Les hôpitaux et les patients doivent être protégés», a réagi un porte-parole du Conseil de sécurité nationale de la Maison Blanche, disant ne pas vouloir commenter l’opération israélienne en cours mais assurant que Washington s’opposait à des «échanges de tirs dans un hôpital où des personnes innocentes, démunies, malades cherchant à recevoir des soins».

Pour Israël, cette opération dans un hôpital ne viole pas le droit international. «Nous avons indiqué à plusieurs reprises que l’utilisation continue de l’hôpital Al-Shifa à des fins militaires par le Hamas allait mener à la fin de sa protection en regard du droit international», a déclaré le porte-parole de l’armée israélienne Daniel Hagari peu avant l’opération.

L’armée israélienne a dit avoir «fait savoir aux autorités compétentes de Gaza que toutes les activités militaires au sein de l’hôpital devaient cesser dans les douze heures» mais que cela «n’avait malheureusement pas été le cas».

La marche des familles des otages

Depuis le début de la guerre, les bombardements israéliens ont tué 11 320 personnes, majoritairement des civils, parmi lesquels 4 650 enfants, selon le ministère de la Santé du Hamas. Côté israélien, environ 1 200 personnes ont été massacrées dans l’attaque du Hamas, en grande majorité des civils, selon les autorités israéliennes. Et 240 otages ont été enlevés et ramenés à Gaza, selon l’armée.

Des sources officielles égyptiennes ont dit à une télévision proche des services de sécurité que le chef du Mossad, le renseignement israélien, était au Caire «pour discuter d’une trêve humanitaire et du dossier de l’échange de prisonniers». Dimanche, le Premier ministre israélien avait évoqué la possibilité d’un accord pour libérer des otages. Mais le Hamas avait par la suite accusé Israël de «tergiverser» pour la libération. Une centaine de proches d’otages, leurs portraits imprimés sur des tee-shirts noirs, ont entamé mardi une marche de 63 kilomètres de Tel-Aviv à Jérusalem, jusqu’au bureau de Benyamin Nétanyahou.

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