Pendant deux jours, une foule de manifestants a déferlé dans les rues du centre de la capitale iranienne. Et leur voix semble avoir été entendue, puisque le président Massoud Pezeshkian a appelé ce mardi 30 décembre à «écouter les revendications légitimes» contre la vie chère et l’hyperinflation galopante. Il a déclaré sur les réseaux sociaux avoir «demandé au ministre de l’Intérieur» de «dialoguer avec leurs représentants afin que le gouvernement puisse agir de toutes ses forces pour résoudre les problèmes et agir de manière responsable».
Le président du Parlement, Mohammad Bagher Ghalibaf, a quant à lui exhorté députés et responsables politiques à prendre les «mesures nécessaires afin d’accroître le pouvoir d’achat de la population», selon des images diffusées à la télévision. Il a par ailleurs mis en garde contre un risque d’instrumentalisation des manifestations pour semer le «chaos et des troubles», alors que l’Iran a accusé ces dernières années des puissances étrangères d’orchestrer des manifestations sur son territoire.
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Depuis dimanche, des commerçants affichaient porte close à Téhéran et protestaient contre la dégradation de la situation économique, exacerbée par la rapide dépréciation de la monnaie nationale sur fond de sanctions occidentales. Ce mouvement spontané a débuté dans le plus grand marché de téléphones portables de la capitale iranienne, avant de s’étendre et gagner en ampleur. Les rassemblements, surveillés de près par la police antiémeute, ont eu lieu essentiellement dans le centre de Téhéran, un quartier qui compte de nombreux magasins. Le reste de la ville n’a en revanche pas été touché.
Ce mardi, écoles, banques et établissements publics seront fermés à Téhéran et ailleurs dans le pays sur décision des autorités en raison du froid et pour économiser l’énergie, ont fait savoir les médias d’Etat, sans mentionner de lien avec les manifestations. Les provinces de l’Alborz et de Qom (nord), de Hamedan et du Lorestan (ouest), du Khorasan du Nord (nord-est) et de Yazd (centre) sont aussi concernées.
Hyperinflation chronique
La monnaie iranienne, le rial, a encore atteint dimanche un plus bas historique face au dollar, selon le taux informel au marché noir, à plus de 1,4 million de rials pour un dollar (contre 820 000 il y a un an) et 1,7 million pour un euro (contre 855 000). La monnaie iranienne s’est néanmoins légèrement renforcée lundi.
La dépréciation chronique du rial entraîne hyperinflation et forte volatilité en Iran, où certains prix augmentent fortement du jour au lendemain. L’Iran souffre depuis des années d’une hyperinflation chronique. En décembre, les prix ont ainsi augmenté en moyenne de 52 % sur un an, selon le Centre de statistiques d’Iran, un organisme officiel. Un chiffre qui est toutefois loin de refléter avec fidélité les hausses observées spécifiquement sur les produits de première nécessité.
L’économie iranienne, déjà fragilisée par des décennies de sanctions occidentales, pâtit également du rétablissement fin septembre par l’ONU des sanctions internationales levées il y a dix ans, liées au programme nucléaire de l’Iran.




