«Mon ami le plus proche, mon ami de vingt ans… On l’a mis en terre, on a versé de la terre sur lui, et on l’a enseveli.» Mehdi, 35 ans, n’a pas dormi depuis des heures, sans doute depuis l’enterrement de son meilleur ami Hessam. Ses yeux sont cernés, creusés, fixés sur un point indéfini devant lui. Il allume une cigarette. «Il a fallu cinq jours avant qu’ils acceptent enfin de nous rendre son corps. Au début, quelques-uns d’entre nous sommes allés à l’hôpital où Hessam avait été emmené. Ses parents étaient là aussi, mais ils étaient complètement hagards. Ils erraient dans les couloirs, au milieu de tous ces morts… Nous sommes allés voir si nous pouvions récupérer le corps à leur place.»
Il s’interrompt, la cigarette se consume entre ses doigts. «Les bassidjis [autre branche des forces de sécurité, ndlr] postés à l’hôpital ont tout de suite compris que nous étions trois jeunes liés à un manifestant tué. Ils n’ont posé aucune question. Ils nous sont tombés dessus, nous ont frappés de toutes l




