Menu
Libération
Droits humains

Iran : Narges Mohammadi, lauréate du prix Nobel de la paix, arrêtée dans son pays

La militante et journaliste iranienne, qui a passé la majorité des deux dernières décennies emprisonnée dans son pays pour des délits d’opinions, a de nouveau été interpellée ce vendredi 12 décembre selon son comité de soutien.

La Prix Nobel de la paix Narges Mohammadi, le 2 octobre 2023. (Narges Mohammadi Foundation /AFP)
Publié le 12/12/2025 à 14h52, mis à jour le 12/12/2025 à 19h07

Il y a quelques mois, elle alertait de nouveau sur les menaces pesant sur sa liberté. La lauréate du prix Nobel de la paix Narges Mohammadi, en liberté provisoire pour raisons de santé, a été arrêtée en Iran, ont annoncé ce vendredi 12 décembre son comité de soutien et sa famille. «La Fondation Narges Mohammadi a annoncé avoir reçu des informations crédibles selon lesquelles Narges Mohammadi a été violemment interpellée par les forces de sécurité et de police il y a environ une heure, lors de la cérémonie du septième jour en mémoire de Khosrow Alikordi», un avocat mort la semaine dernière, a précisé le comité. Son avocate française, Me Chirine Ardakani, a également confirmé l’information.

Narges Mohammadi, 53 ans, maintes fois condamnée et emprisonnée, a été récompensée en 2023 pour «son combat contre l’oppression des femmes en Iran et pour la promotion des droits de l’homme et de la liberté pour tous» et était en liberté provisoire depuis décembre 2024.

Le comité Nobel demande une libération «inconditionnelle»

Selon un de ses frères, Hamid Mohammadi, qui vit à Oslo, elle a été «frappée aux jambes et saisie par les cheveux». Ce dernier ajoutant qu’«en prison, elle [avait] eu beaucoup de complications : ses poumons, son cœur, [et] elle [avait] subi plusieurs opérations». «Je ne suis pas inquiet qu’elle ait été arrêtée. Elle l’a été à de multiples reprises, mais ce qui m’inquiète le plus c’est qu’ils mettent sous pression son état physique et psychologique», a-t-il encore affirmé. Son mari, Taghi Rahmani, basé à Paris, a également indiqué sur X qu’elle avait été arrêtée lors de cette cérémonie dans la ville orientale de Mashad, en même temps qu’une autre militante célèbre, Sepideh Gholian.

Le comité Nobel norvégien a de son côté condamné l’arrestation «brutale» de Narges Mohammadi et demandé sa libération inconditionnelle. «Etant donné l’étroite collaboration entre les régimes en Iran et au Venezuela, le comité Nobel norvégien relève que Mme Mohammadi est arrêtée précisément au moment où le prix Nobel de la paix vient d’être remis à la cheffe de l’opposition vénézuélienne, María Corina Machado», a souligné le comité dans un communiqué.

Arrêtée lors d’une cérémonie aux slogans contestataires

Khosrow Alikordi, 45 ans, était un avocat qui avait notamment défendu des personnes arrêtées lors de la répression des manifestations de 2022. Son corps a été retrouvé le 5 décembre, et des groupes de défense des droits ont réclamé une enquête sur sa mort, l’ONG Iran Human Rights, basée en Norvège, affirmant qu’il y avait «de très sérieux soupçons d’un meurtre d’État».

L’ONG Human Rights Activists News Agency (HRANA), basée aux Etats-Unis, a publié des images de Narges Mohammadi assistant à la cérémonie aux côtés d’une foule d’autres soutiens, sans porter le voile obligatoire pour les femmes dans l’espace public en Iran. HRANA a souligné qu’ils scandaient des slogans tels que «Vive l’Iran», «Nous luttons, nous mourons, nous n’acceptons aucune humiliation» et «Mort au dictateur», lors de la cérémonie qui, conformément à la tradition islamique, marquait sept jours depuis la mort de Khosrow Alikordi. D’autres images diffusées par des chaînes de télévision en langue persane basées hors d’Iran ont montré Narges Mohammadi grimpant sur un véhicule et encourageant les gens à scander des slogans.

Mis à jour à 17 h 10 avec davantage de contexte ; et à 19 h 07 avec la condamnation de l’arrestation par le comité Nobel.
Pour aller plus loin :

Dans la même rubrique