La répression se poursuit. Plus de 50 000 personnes ont été arrêtées en Iran par les autorités, a estimé mardi 3 février l’ONG Human Rights Activists News Agency (HRANA), alors que la république islamique écrase dans le sang un vaste mouvement de contestation, qui a éclaté fin décembre et culminé les 8 et 9 janvier.
L’organisation a par ailleurs confirmé la mort de 6 854 personnes, en majorité des manifestants. De leur côté, les autorités iraniennes reconnaissent la mort de plus de 3 000 personnes mais affirment que la grande majorité étaient des forces de sécurité ou des passants qui auraient été tués par des «terroristes» agissant pour le compte des Etats-Unis et d’Israël.
Plus de 300 «aveux forcés» retransmis à la télévision
L’ONG, qui avait fait auparavant état de plus de 42 000 arrestations, a revu son chiffre à la hausse, recensant désormais au moins 50 235 interpellations liées aux manifestations. Ces arrestations ont visé «un large éventail de citoyens, notamment des étudiants, des écrivains et des enseignants», selon l’organisation établie aux Etats-Unis et spécialisée dans l’actualité iranienne, qui ajoute que dans certains cas, elles ont été accompagnées de «perquisitions de domiciles et de confiscation d’effets personnels». HRANA signale en outre plus de 300 «aveux forcés» retransmis à la télévision.
Reportage
Parmi ces dizaines de milliers d’arrestations, les autorités iraniennes ont arrêté 139 ressortissants étrangers, a annoncé ce mardi l’agence de presse iranienne Tasnim, citant le chef de la police de la ville de Yazd, dans le centre du pays, Ahmad Negahban. Leurs nationalités n’ont pas été précisées, mais elles sont accusées d’être impliquées «dans l’organisation, l’incitation et la conduite des émeutes, en contact dans certains cas avec des réseaux à l’extérieur» à l’Iran, a précisé la même source policière.
Un «crime d’Etat contre l’humanité»
La semaine dernière, Amnesty International s’était également inquiétée de l’arrestation de milliers de personnes, dont des enfants, qui courent selon l’ONG «un grave risque de disparition forcée, de torture et autres mauvais traitements, de mort en détention et d’exécutions arbitraires à la suite de procès manifestement inéquitables». Le chef du pouvoir judiciaire en Iran, Gholamhossein Mohseni Ejeï, a en effet averti qu’il n’y aurait «aucune indulgence» envers les manifestants arrêtés, et le parquet a précisé que certains encourraient à la peine de mort.
Parmi les personnes arrêtées figure le cinéaste iranien Mehdi Mahmoudian, coscénariste d’Un simple accident, palme d’or à Cannes en 2025. Il est suspecté d’avoir aidé à rédiger une déclaration critique du pouvoir. Il a été interpellé avec le leader étudiant Abdollah Momeni ainsi qu’avec la journaliste et militante des droits des femmes Vida Rabbani, selon l’agence de presse iranienne Fars.
Le texte, signé par plus d’une douzaine d’autres opposants, compare la répression à un «crime d’Etat contre l’humanité», explique la fondation de la lauréate du prix Nobel de la paix, Narges Mohammadi, elle-même en prison depuis le mois de décembre après avoir été arrêtée lors d’une manifestation avant la récente vague de protestations.




