Khamenei, le guide suprême iranien, en a l’intime conviction : s’il cède d’un pouce, alors tout s’effondre. Ne surtout rien lâcher, cela a été sa politique au moment de Femme, vie, liberté. Cela a été sa politique, en général, depuis qu’il a succédé en 1989 à l’imam Khomeiny, fondateur de la république islamique d’Iran. Malgré tout, les Iraniens, à intervalles réguliers, repoussent les limites du régime. Depuis quinze jours, face à une situation économique désastreuse et sans espoir, ils manifestent. A bas bruit d’abord, et depuis le milieu de la semaine dernière, à pleines voix. Des voix que, sans l’ombre d’une concession, Khamenei et son appareil répressif sanglant font taire. Depuis vendredi on n’entend plus les Iraniens, sauf via quelques images qui filtrent rarement, grâce à des réseaux satellitaires.
Aujourd’hui, de nombreux dirigeants internationaux, dont Emmanuel Macron, ont condamné via des messages sur X la violence d’Etat. On se demande s’ils ne pourraient pas faire un peu plus alors que l’Iran a des représentations diplomatiques dans les pays européens − comme la Belgique, qui a convoqué l’ambassadeur iranien. Les Gardiens de la révolution, la milice armée du régime, détiennent par ailleurs des avoirs en Europe. Mais on le sait, et même les Européens semblent s’y être résignés : à la fin, c’est Donald Trump qui décide. Un canal de discussion est ouvert entre les autorités iraniennes et un représentant américain.
Comme on l’a vu au Venezuela, la couleur du pouvoir importe peu à l’administration Trump, tant qu’il sert les intérêts américains. Il pourrait ainsi offrir au régime sa porte de sortie de crise, en négociant le fameux accord sur le nucléaire après lequel Trump court depuis qu’il a déchiré celui de 2015. En échange, offrir la fin de la pression économique qui asphyxie l’Iran. Le retour à la prospérité doublé d’une chape de peur peut éteindre les flammes de la contestation. Négocier avec Trump, c’est peut-être la seule concession que Khamenei est prêt à faire, car sa survie en dépend.




