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Iran : six morts dans des manifestations contre la vie chère, les Etats-Unis menacent d’intervenir

La mobilisation partie des commerçants de Téhéran dimanche a fait plusieurs morts dans la journée du jeudi 1er janvier. «Nous sommes prêts, armés et parés à intervenir», a réagi ce vendredi Donald Trump.

Des manifestants attaquent un bâtiment gouvernemental à Fasa, dans le sud de l'Iran, le 31 décembre. Capture d'écran d'images publiées sur les réseaux sociaux. (UGC /AFP)
Publié le 02/01/2026 à 9h40, mis à jour le 02/01/2026 à 11h42

Les circonstances, rapportées par les agences de presse proches du pouvoir iranien, sont floues. Mais six personnes sont mortes jeudi 1er janvier dans l’ouest de l’Iran, dans des affrontements localisés entre manifestants et forces de l’ordre, les premières depuis le début il y a cinq jours d’une mobilisation contre la vie chère, selon une agence de presse et un gouverneur.

Plus tôt dans la journée, le président américain, Donald Trump, a affirmé sur son réseau Truth Social que «si l’Iran tir[ait] sur des manifestants pacifiques et les tu[ait] violemment, comme à son habitude, les Etats-Unis d’Amérique viendr[aie]nt à leur secours». «Nous sommes prêts, armés et parés à intervenir», a-t-il écrit. Des propos qui n’ont pas beaucoup plu en Iran.

«Trump devrait savoir que toute ingérence américaine dans cette affaire interne équivaudrait à déstabiliser toute la région et à nuire aux intérêts américains», a écrit sur le réseau social X Ali Larijani, qui dirige la plus haute instance de sécurité en Iran. «Qu’il prenne garde à ses soldats», a-t-il ajouté. «Toute main interventionniste qui s’en prendrait à la sécurité de l’Iran sous quelque prétexte que ce soit, s’exposera à une riposte, a écrit sur le réseau social X Ali Shamkhani, un autre conseiller du guide suprême Ali Khamenei. La sécurité de l’Iran est une ligne rouge.»

Le porte-parole de la police iranienne, Saïd Montazeralmahdi, s’est quant à lui exprimé ce vendredi 2 janvier dans un communiqué relayé par l’agence de presse Isna : «Ces protestations de nature purement économique et civile expriment la volonté de la population d’améliorer ses conditions de vie, a-t-il notamment souligné. La police distingue clairement les revendications légitimes de la population des actions destructrices […] et ne permettra pas à des ennemis de transformer les protestations civiles en troubles et en chaos.»

Trente personnes accusées de «troubles à l’ordre public» ont été arrêtées à Téhéran, a fait savoir jeudi soir l’agence de presse iranienne Tasnim, alors qu’aucun incident n’avait été officiellement rapporté ces derniers jours par les autorités dans la capitale.

Le mouvement est parti dimanche de Téhéran, où des commerçants ont fermé boutique pour protester contre l’hyperinflation et le marasme économique. Il a ensuite gagné des universités et le reste du pays.

Déstabilisation

Jeudi, des heurts ont été signalés dans plusieurs villes moyennes. A Lordegan (sud-ouest), deux personnes ont été tuées, a indiqué l’agence de presse Fars, semblant désigner des civils. Selon elle, «des manifestants ont commencé à jeter des pierres sur les bâtiments administratifs, dont le gouvernorat, la mosquée, la mairie et des banques», la police faisant usage de gaz lacrymogène. L’agence a mentionné «d’importants dégâts» et l’arrestation de plusieurs personnes qualifiées de «meneurs».

Elle a ensuite annoncé trois morts et 17 blessés à Azna (ouest) «lors d’affrontements», là aussi dans une référence apparente à des civils. Selon elle, «un groupe d’émeutiers a profité d’un rassemblement de protestation […] pour attaquer un commissariat de police».

Et à Hamedan (ouest), «un groupe d’émeutiers a tenté d’incendier une mosquée […] mais leur acte malveillant a été déjoué», a rapporté Tasnim.

Plus tôt jeudi, un membre des forces de l’ordre a été tué au cours d’affrontements à Kouhdasht (ouest), a indiqué la télévision d’Etat, citant le gouverneur local. Membre du Bassidj, «il défendait l’ordre public», selon cet officiel, qui a fait état de «jets de pierres» et de 13 blessés parmi les policiers.

Le président Massoud Pezeshkian a sonné jeudi la mobilisation de son gouvernement. «D’un point de vue islamique […], si nous ne résolvons pas le problème des moyens de subsistance des gens, nous finirons en enfer», a-t-il déclaré dans un discours télévisé. Le pouvoir a dès le début des protestations tenté de jouer l’apaisement, reconnaissant des «revendications légitimes» liées aux difficultés économiques.

Mais la justice a mis en garde contre toute intention de déstabilisation. «Toute tentative» visant à transformer ce mouvement «en un outil d’insécurité, de destruction des biens publics ou de mise en œuvre de scénarios conçus à l’étranger sera inévitablement suivie d’une réponse […] ferme», a prévenu le procureur général, Mohammad Movahedi-Azad.

Hyperinflation

Mercredi soir, Tasnim avait fait état de l’arrestation de sept personnes décrites comme affiliées à des «groupes hostiles à la République islamique basés aux Etats-Unis et en Europe». L’agence a accusé ces personnes d’avoir pour «mission de transformer en violence les manifestations», sans plus de précisions sur les interpellations.

La monnaie nationale, le rial, a perdu depuis un an plus d’un tiers de sa valeur face au dollar, tandis qu’une hyperinflation fragilise depuis des années le pouvoir d’achat des Iraniens, dans un pays asphyxié par des sanctions internationales liées à son programme nucléaire. Le taux d’inflation était en décembre de 52 % sur un an, selon des chiffres officiels.

A ce stade, les protestations ne sont pas comparables avec le mouvement qui avait secoué l’Iran fin 2022, après la mort de Mahsa Amini, une jeune Iranienne arrêtée pour un voile jugé mal ajusté. Pour autant, «la contestation économique n’est pas différente de la contestation politique», expliquait jeudi la sociologue Mahnaz Shirali dans une interview à Libération. «Les causes sont liées, les cibles de la colère sont les mêmes.»

Mis à jour à 19 h 10 avec l’ajout de la déclaration du porte-parole de la police iranienne.
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