Le président israélien, Isaac Herzog, a affirmé ce lundi 1er décembre qu’il ne considérerait «que le bien de l’Etat et de la société» pour décider de gracier ou non Benyamin Nétanyahou, en procès pour plusieurs affaires de corruption.
Cette question «sera traitée de la manière la plus appropriée et rigoureuse», a réagi le président Herzog, saisi la veille d’une demande de grâce du Premier ministre israélien, notant que le sujet «secoue» la société israélienne et «suscite un débat» national. «Je ne considérerai que le bien de l’Etat et de la société israélienne, et devant mes yeux ne se tiendront que l’Etat d’Israël et ses intérêts», a-t-il ajouté, selon un communiqué de son bureau.
Niant toute faute dans ces affaires et fort du soutien de Donald Trump, Nétanyahou est régulièrement entendu dans le cadre d’au moins trois procédures judiciaires, dans lesquelles aucun jugement n’a encore été rendu.
«Responsabilité et sérieux»
Les services du président israélien Isaac Herzog ont précisé dimanche que le Premier ministre avait adressé au Président «une demande de grâce exceptionnelle, aux conséquences significatives». «Après réception de tous les avis, le Président de l’Etat examinera la requête avec responsabilité et sérieux», ont-ils ajouté dans un communiqué. En septembre, il avait laissé entendre qu’il pourrait lui accorder une grâce, déclarant dans un entretien à la radio de l’armée que le procès du Premier ministre pesait «lourdement sur la société israélienne».
Tout en affirmant vouloir mener le procès à terme pour prouver son innocence, le Premier ministre a lui aussi justifié cette demande au nom de «l’intérêt public» dans une vidéo diffusée par ses services, mettant en avant les «immenses défis» que le pays doit relever. Le président américain, Donald Trump, avait écrit à Isaac Herzog plus tôt ce mois-ci pour lui demander d’accorder une grâce à Benyamin Nétanyahou.
«Exigence impossible à satisfaire»
«La poursuite du procès nous déchire de l’intérieur, suscitant de vives divisions et intensifiant les fractures», a plaidé dimanche Benyamin Nétanyahou dans sa vidéo, sur fond de vives divisions politiques entre ses partisans et ses détracteurs. «Je suis certain, comme beaucoup d’autres dans le pays, que la fin immédiate du procès contribuera grandement à apaiser les tensions et à promouvoir la réconciliation générale dont notre pays a tant besoin», a-t-il poursuivi. Rappelant que son procès avait débuté il y a près de six ans, il a aussi affirmé que témoigner trois fois par semaine était «une exigence impossible à satisfaire».
Le Premier ministre israélien peut compter sur des soutiens au sein de son gouvernement. Le ministre de la Défense, Israël Katz, a affirmé dimanche dans un communiqué soutenir la demande de grâce pour «mettre fin à la déchirure profonde qui accompagne la société israélienne depuis une décennie, et de permettre à l’Etat de se rassembler de nouveau face aux défis et aux opportunités qui se présentent à nous». Bezalel Smotrich, ministre des Finances positionné à l’extrême droite, d’un courant sioniste religieux, a quant à lui estimé que Benyamin Nétanyahou a été «persécuté pendant des années par un système judiciaire corrompu qui a fabriqué des affaires politiques contre lui».
Dans l’opposition, les critiques contre cette demande n’ont pas tardé, le chef de l’opposition, Yaïr Lapid, demandant au président Herzog dans une vidéo de ne «pas accorder une grâce à Nétanyahou sans qu’il ne reconnaisse sa culpabilité, exprime des remords et se retire immédiatement de la vie politique». Yaïr Golan, chef du parti de gauche Les Démocrates, a lui aussi appelé, sur X, à ce que le Premier ministre «prenne ses responsabilités, reconnaisse sa culpabilité, quitte la politique et libère le peuple et l’Etat, seule manière d’obtenir l’unité nationale».
Des dizaines de personnes ont manifesté dimanche soir devant la résidence du président Herzog à Tel-Aviv (ouest), pour l’appeler à rejeter la demande de grâce. «Nous sommes ici pour expliquer à (Isaac) Herzog que nous n’allons pas accepter cela […] Il doit tenir bon pour nous, pour nos enfants et pour le cours de l’Histoire», a plaidé Shikma Bressler, une des figures de l’opposition au gouvernement.
225 000 euros de cadeaux de luxe
Benyamin Nétanyahou est accusé, ainsi que son épouse, Sara, d’avoir accepté des produits de luxe d’une valeur de plus de 260 000 dollars (environ 225 000 euros), tels que cigares, bijoux et champagne, de la part de milliardaires, en échange de faveurs politiques. Dans deux autres affaires, il est accusé d’avoir tenté de négocier une couverture plus favorable dans deux médias israéliens.
Premier chef de gouvernement en fonction de l’histoire d’Israël à être mis en examen pour corruption, Benyamin Nétanyahou avait fait voter par son gouvernement le licenciement de la procureure générale pour échapper à son procès. Ce vote avait aussitôt été invalidé par la Cour suprême israélienne.
Au cours de son mandat actuel, commencé fin 2022, son parti a proposé des réformes judiciaires de grande envergure qui, selon ses détracteurs, visaient à affaiblir les tribunaux. Son projet a déclenché des manifestations massives qui n’ont pris fin qu’après le début de la guerre dans la bande de Gaza, déclenchée par les attaques terroristes du Hamas du 7 octobre 2023. Nétanyahou a annoncé en octobre qu’il se présenterait aux prochaines élections, prévues d’ici la fin de l’année 2026.
Mise à jour à 15 h 11 avec la réaction du président Herzog ce lundi.




