Après une nuit de bombardements israéliens d’une ampleur inédite depuis le début de la guerre, la bande de Gaza s’est encore réveillée ce samedi 28 octobre au son des violentes explosions et des combats. A la suite d’une incursion terrestre «sans précédent» dans le nord de l’enclave palestinienne aux alentours de 22 heures, heure locale, la veille, les troupes israéliennes «sont toujours sur le terrain et poursuivent la guerre» ce samedi, a affirmé le porte-parole de Tsahal. Elles ne se sont pas repliées, comme lors des «raids ciblés» des jours précédents.
«Nous sommes entrés dans une nouvelle phase de la guerre», a averti dans l’après-midi le ministre israélien de la Défense, Yoav Gallant, précisant que l’opération militaire se poursuivra jusqu’à «nouvel ordre». Un peu plus tard, des tracts que Tsahal affirme avoir largués dans le territoire palestinien précisent que la ville de Gaza et sa région (situés dans le nord de l’enclave palestinienne) sont ni plus ni moins que considérées comme un «champ de bataille» par l’armée israélienne.
Au fil de la journée
Dans la nuit de vendredi à samedi, les forces de l’Etat hébreu affirment avoir «frappé 150 cibles souterraines» dans le nord de Gaza, dont «des tunnels utilisés par des terroristes, des sites de combats souterrains et d’autres infrastructures souterraines». Des «dizaines de terroristes» auraient été éliminés lors de frappes aériennes ou dans des combats terrestres, dont Asem Abu Rakaba, le chef de la force aérienne du Hamas et l’un des planificateurs de l’attaque terroriste contre l’Etat hébreu, le 7 octobre, selon Tsahal.
Le porte-parole de la Défense civile à Gaza, Mahmoud Bassal, a de son côté déploré la destruction de centaines d’immeubles et de maisons, en particulier aux alentours des hôpitaux d’Al-Shifa et de Jabaliya. L’armée israélienne, qui a une nouvelle fois appelé samedi les Gazaouis à évacuer le nord de l’enclave, a affirmé ne compter aucune victime parmi ses troupes.
«Surprendre le Hamas»
Des images publiées samedi matin montrent d’épais champignons de fumées au-dessus du nord de l’enclave. «Nous faisons face à des incursions israéliennes au sol à Beit Hanoun (nord) et al-Boureij (centre). De violents combats sont en cours», avait affirmé la branche militaire du Hamas, les brigades Ezzedine al-Qassam, vendredi soir après 23 heures dans un communiqué. Le Hamas s’est dit «prêt» à faire face à une offensive terrestre «avec toute sa force», annonçant avoir tiré des «salves de roquettes» sur Israël vendredi.
Video activity of the IDF Ground Forces in Gaza. pic.twitter.com/FWt0pFO53q
— Israel Defense Forces (@IDF) October 28, 2023
Par ailleurs, selon un porte-parole de la branche armée du mouvement islamiste, un accord aurait été proche avec Israël au sujet des otages détenus à Gaza, mais l’Etat hébreu aurait «bloqué» cette possibilité en lançant son offensive. Aucune autre partie n’a confirmé que les négociations sur la libération des otages étaient sur le point d’être conclues. Abu Ubaida, porte-parole des brigades al-Qassam, la branche armée du Hamas, a aussi affirmé dans un discours vidéo que le groupe ne relâcherait tous les otages que si Israël libérait tous les prisonniers palestiniens. Le Hamas peut également discuter d’un accord «partiel» sur les otages, a-t-il ajouté.
Rencontre avec les familles
Ces déclarations visent sans aucun doute à accentuer la pression sur le gouvernement israélien, alors que des manifestations pour demander la libération des otages se sont déroulées ce samedi dans plusieurs villes israéliennes. Le Premier ministre, Benyamin Nétanyahou, a, pour la première fois depuis le 7 octobre, rencontré samedi en fin d’après-midi les familles des otages. Il devait en principe donner une conférence de presse à l’issue de cette rencontre.
Le média israélien YNET a donné des précisions sur la stratégie de l’état-major israélien, qui aurait «délibérément décidé de ne pas définir l’invasion de Gaza dans les médias» comme le possible lancement de l’invasion terrestre d’ampleur évoquée depuis des jours. Ceci, «afin de surprendre le Hamas, d’opérer à travers un brouillard de guerre contre l’ennemi et de pouvoir décider de la suite étape par étape». La source militaire citée par YNET affirme que ce samedi pourrait être «crucial concernant les prochaines étapes de l’opération au sol» menée par Tsahal.
Dans une déclaration vidéo ce samedi après-midi, le chef d’état-major de Tsahal, Herzi Halevi, a affirmé que les troupes de l’Etat hébreu mènent actuellement «des opérations importantes et complexes», avec «les meilleurs soldats israéliens désormais en action à Gaza». Il décompte «plusieurs centaines de morts et d’infrastructures détruites» côté Hamas. Le chef de l’armée israélienne a souligné que pour accomplir ses objectifs – «détruire le Hamas, protéger ses frontières et libérer les otages» –, une «opération terrestre est nécessaire» dans l’enclave palestinienne.
Le Haut-Commissaire des Nations unies aux droits de l’homme a dit craindre que cette opération militaire israélienne terrestre d’envergure ne «fasse des milliers de morts civils en plus». Selon le dernier bilan du ministère de la Santé du Hamas, dont on ne peut vérifier les chiffres, plus de 7 700 personnes ont été tuées depuis le début de la guerre, dont au moins 3 500 enfants.
Quelques minutes avant le début de l’offensive, les communications et internet avaient été coupés pour les 2,4 millions d’habitants de la bande de Gaza. Plusieurs agences de l’ONU et organisations non gouvernementales ont déclaré avoir perdu le contact avec leurs équipes en raison de ce «blackout». Une information confirmée à Libération par Médecins sans frontières, qui ne pouvait toujours pas joindre son personnel ce samedi, à part sur de rares téléphones satellites.
Mise à jour : à 18 h 48, avec les déclarations du Hamas sur les otages, la rencontre de Nétanyahou avec les familles des otages et l’avertissement du chef de Tsahal sur «une opération terrestre nécessaire».




