Alors que l’Iran libérait Erfan Soltani ce dimanche 1er février, figure du mouvement de contestation, le scénariste iranien Mehdi Mahmoudian a été arrêté le même week-end, a annoncé ce lundi l’agence iranienne Fars. Deux autres personnes ont aussi été arrêtées : le leader étudiant Abdollah Momeni et la journaliste et militante des droits des femmes, Vida Rabbani, précise Fars. Toutes trois sont suspectées par la république islamique d’avoir contribué à la diffusion d’un message critique pour le pouvoir de l’ancien Premier ministre Mir Hossein Moussavi, a indiqué ce lundi l’agence iranienne Fars.
Selon Fars, le coscénariste d’«Un simple accident», palme d’or à Cannes en 2025, est accusé d’avoir aidé à préparer la déclaration de Mir Hossein Moussavi, figure de l’opposition iranienne et ancien Premier ministre, assigné à résidence depuis 2011. «Dans quelle langue le peuple doit-il dire qu’il ne veut pas de ce système et qu’il ne croit pas à vos mensonges ? Ça suffit», avait déclaré Mir Hossein Moussavi à l’adresse des dirigeants iraniens, dans un communiqué diffusé par son média Kalame. Quelques jours avant l’arrestation, Mehdi Mahmoudian signait aux côtés de quinze autres personnes une déclaration condamnant l’ayatollah Ali Khamenei.
Vu de Téhéran
«On sait juste que Mehdi Mahmoudian a pu prévenir sa famille au moment de son arrestation, mais depuis nous n’avons aucune nouvelle.», a annoncé le producteur français du film Philippe Martin au Parisien. Jafar Panahi, le réalisateur d’Un simple accident, qui représentera la France dans deux catégories aux oscars, a condamné l’arrestation de son ami co-scénariste et ancien codétenu sur les réseaux sociaux.
«Présence morale rare»
«Mehdi Mahmoudian n’est pas qu’un simple militant des droits humains emprisonné pendant près de neuf ans», a écrit Jafar Panahi. «Il est un témoin […] une présence morale rare – dont l’absence se fait immédiatement sentir, aussi bien entre les murs de la prison qu’à l’extérieur», a-t-il ajouté. Les deux hommes ont vécu sept mois ensemble emprisonnés. Medhi Mahmoudian avait déjà purgé une peine pour «mutinerie contre le régime» pour son rôle dans la documentation des plaintes de viol et d’abus des détenus dans le centre de détention de Kahrizak, rappelle l’ONG Front Line defenders.
«L’arrestation de Mehdi Mahmoudian n’est pas un cas isolé, mais s’inscrit dans un système qui cherche à faire taire les voix critiques», a également réagi le ministre allemand de la Culture, Wolfram Weimer, dans un communiqué, appelant à la libération du cinéaste.
Ces arrestations interviennent après la répression sanglante par la République islamique d’une vague de manifestations qui a éclaté en décembre et culminé les 8 et 9 janvier. Le bilan serait d’au moins 6 000 morts, dont 77 mineurs, estimait l’ONG américaine Human Rights Activists News Agency (HRANA). Le bilan pourrait être bien plus élevé, avec plus de 17 000 décès en cours d’examen. Au total, plus de 42 000 personnes ont été arrêtées lors du mouvement.
Les autorités iraniennes reconnaissent la mort de milliers de personnes mais affirment que la grande majorité étaient des forces de sécurité ou des passants tués par des «terroristes» agissant pour le compte des Etats-Unis et d’Israël. La présidence a publié dimanche les noms de 2 986 personnes tuées pendant ces troubles sur une liste de 3. 117 morts.




