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Pourparlers américano-iraniens : des modalités incertaines dans un contexte de tensions diplomatiques

D’abord envisagées en Turquie, les discussions entre Washington et Téhéran auront finalement lieu vendredi à Oman. Mais les provocations diplomatiques et militaires observées cette semaine laissent présager de délicates négociations.

Le guide suprême iranien, l'ayatollah Ali Khamenei, à Téhéran le 1er février 2026. (Office of the Iranian Supreme Leader/WANA/West Asia News Agency.REUTERS)
Publié aujourd'hui à 14h40

Après les menaces, les discussions ? Depuis janvier, les relations entre Washington et Téhéran ne cessent d’alterner entre menaces et ouverture de dialogue, embourbées dans le vaste mouvement de contestation réprimé dans le sang par le pouvoir iranien. Mais cette fois-ci pourrait être la bonne. Lundi 2 février, le président iranien, Massoud Pezeshkian, a ordonné l’ouverture de pourparlers sur le nucléaire avec les Etats Unis. Mais les tensions toujours grandissantes avec Washington – qui n’écarte pas le recours à la force militaire et a abattu un drone iranien dans la nuit de mardi à mercredi encore – plongent les projections de cette réunion bilatérale dans une marée d’incertitudes.

Qu’il s’agisse des thèmes qui vont animer les discussions, de l’issue potentielle de ces dernières, ou encore des modalités précises de la rencontre, tout reste encore vaporeux. Même le lieu de la rencontre - initialement envisagé à Istanbul -, a été déplacé à Oman ce mercredi 4 février, selon un diplomate iranien. Un changement de localisation qui «appelle à une réunion totalement différente», selon une autre source dans la région. Comprendre : Téhéran cherche à limiter la participation d’autres pays de la région afin de «parler exclusivement avec les Etats-Unis» en abordant «uniquement la question du nucléaire». Des décisions de dernière minute qui ne laissent présager rien de bon sur le déroulement de cette rencontre.

Tensions militaires

A l’origine, les discussions étaient supposées réunir Abbas Araghchi, le ministre iranien des Affaires étrangères, Steve Witkoff, envoyé spécial du locataire de la Maison Blanche pour le Moyen-Orient et Jared Kushner, gendre de Donald Trump, selon les informations des responsables et diplomates régionaux. Et avec eux, des ministres de plusieurs autres pays de la région, dont le Pakistan, l’Arabie saoudite, le Qatar, l’Égypte et les Émirats arabes unis.

Dans un message publié sur ses réseaux sociaux mardi 3 février, le président iranien a précisé avoir chargé son ministre des Affaires étrangères de rencontrer les responsables américains «à condition que le contexte soit propice, c’est-à-dire exempt de menaces et d’attentes déraisonnables». Or, dans la même journée, les Etats Unis ont abattu un drone iranien visant le porte-avions USS Abraham Lincoln, et un navire battant pavillon américain a échappé à une tentative d’arraisonnement de vedettes armées iraniennes. Pendant quelques heures, ces deux provocations militaires ont semé le doute quant à la possibilité d’un déraillement des négociations nucléaires. Pourtant, malgré ces incidents, la porte-parole de la Maison Blanche Karoline Leavitt a assuré que les pourparlers «restent programmés pour l’instant».

Si ce maintien témoigne, selon le Wall Street Journal, de l’importance portée par les deux pays concernés à la voie diplomatique dans le but de parvenir à un accord, elles dévoilent surtout les dysfonctionnements au sein du pouvoir iranien. Pour Sanam Vakil, directrice du programme Moyen-Orient et Afrique du Nord à Chatham House à Londres, citée dans le quotidien économique et financier, ces incidents pourraient signifier que les factions les plus radicales au sein du pouvoir iranien ne soutiennent pas les pourparlers. «Lorsqu’ils sont attaqués, tous les partis politiques du régime collaborent. En cas de médiation, ils se sabotent mutuellement», a-t-elle déclaré.

Le contenu des discussions

Quels sujets pourraient être abordés lors de la rencontre ? l’Iran est ferme : la question centrale des pourparlers sera celle du nucléaire. Les autorités iraniennes ont déclaré qu’elles ne feraient aucune concession sur leur programme de missiles balistiques - l’un des plus importants du Moyen-Orient - qualifiant ce sujet de ligne rouge dans les négociations. En face, Marco Rubio, le chef de la diplomatie américaine, a affirmé mercredi que les Etats Unis étaient prêts à engager des discussions avec l’Iran, à condition que ces dernières incluent - outre le nucléaire -, son programme de missiles balistiques. Donald Trump a averti que de «mauvaises choses» se produiraient en cas d’échec de la diplomatie à l’issue des discussions, accentuant ainsi la pression sur la République islamique.

De son côté, le chef d’Etat français a apporté son soutien mardi soir à la tenue de ces pourparlers mais soulève une tout autre priorité dans les discussions. «La responsabilité de l’Iran aujourd’hui […] c’est de libérer les prisonniers politiques et ensuite de réengager les discussions sur la question nucléaire d’une part, sur la question balistique d’autre part et sur la stabilité régionale enfin». Emmanuel Macron a appelé l’Iran à «respecter son peuple face à la révolution» qui s’est déroulée en janvier et «la répression terrible» des autorités.

Des attentes incertaines

Le Wall Street Journal précise que face aux tensions militaires qui font rage entre les deux pays, certains responsables du Moyen Orient impliqués dans les efforts de désescalade revoient à la baisse leurs attentes concernant la réunion de vendredi. Ces derniers estiment qu’il s’agira simplement d’un «échange d’idées», résignés à ce qu’ils «considèrent comme une confrontation militaire inévitable». Selon le quotidien américain, les récentes manœuvres de Téhéran modifiant le lieu et le sujet de dernière minute sont typiques des tactiques de négociations iraniennes dans le but de prendre l’ascendant sur leur interlocuteur.

Des négociations entre les deux pays s’étaient déjà tenues au printemps l’année dernière, avant la guerre de 12 jours déclenchée en juin par Israël, mais avaient notamment achoppé sur la question de l’enrichissement d’uranium. Les Etats-Unis demandaient que l’Iran y renonce totalement, ce à quoi Téhéran se refuse, invoquant son droit au nucléaire civil en vertu du traité de non-prolifération nucléaire (TNP) dont il est signataire.

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