Menu
Libération
Profil

Manifestations en Iran : Erfan Soltani, 26 ans, devrait échapper à l’échafaud

Arrêté le 8 janvier, le jeune homme a été privé d’accès à un avocat et de procès par le régime. Moins d’une semaine plus tard, il devait être pendu mercredi.

Photo non datée d'Erfan Soltani. (Capture d'écran France24)
Publié le 14/01/2026 à 15h33, mis à jour le 15/01/2026 à 9h14

Il est devenu le visage de la répression en Iran. Erfan Soltani, jeune homme de 26 ans, devait être exécuté par pendaison pour avoir participé aux manifestations antirégime qui bouleversent le pays depuis le 28 décembre, avait-on appris de sites d’information iraniens et du Département d’Etat américain. Ce jeudi 15 janvier, le pouvoir judiciaire iranien a pourtant démenti que le jeune homme puisse être exécuté.

Domicilié à Fardis, dans la province d’Alborz, il a été arrêté jeudi 8 janvier à Karaj, ville à l’ouest de Téhéran, alors qu’il s’était rendu à un rassemblement.

Durant trois jours, ses proches sont restés sans nouvelles en raison du black-out d’Internet organisé par les autorités depuis la nuit du 8 au 9 janvier, révèle Amnesty International. Selon l’organisation, le 11 janvier, sa famille aurait finalement été informée de sa condamnation à mort et de la date de l’exécution, programmée à seulement trois jours plus tard.

«Exécution extrajudiciaire»

Une très brève visite de sa famille en détention aurait été autorisée en début de semaine pour faire leurs adieux à ce jeune vendeur de vêtements, ciblé par Téhéran dans sa stratégie de répression des manifestants, qualifiés de «terroristes» et d’«émeutiers», rapportait le site d’informations Iran Wire.

Pourtant, l’agence du pouvoir judiciaire iranien, Mizan Online, a déclaré ce jeudi qu’Erfan Soltani est incarcéré à la prison de Karaj, à l’ouest de Téhéran, et accusé de rassemblements contre la sécurité nationale et de propagande contre le système. «S’il est reconnu coupable il sera condamné à une peine de prison, car la loi ne prévoit pas la peine capitale pour ces chefs d’accusation», a ajouté Mizan.

En début de semaine, l’ONG Iran Human Rights s’inquiétait qu’Erfan Soltani soit privé d’accès à un avocat et qu’aucun procès ne soit organisé, alors que les accusations retenues contre lui restaient inconnues. L’organisation de défense des droits humains Hengaw s’alarmait ainsi que les faits «s’apparentent à une exécution extrajudiciaire».

«Dérive dans l’horreur»

Finalement démentie, l’exécution d’Erfan Soltani aurait été la première d’une série annoncée par le bureau des procureurs de Téhéran, dans un durcissement acharné du pouvoir judiciaire iranien. Un communiqué cité par la télévision d’Etat annonçait en effet que certains manifestants seraient poursuivis pour moharebeh – «guerre» ou «inimitié» contre Dieu, en persan –, chef d’accusation passible de la peine capitale. Le chef du pouvoir judiciaire a ainsi promis des procès «rapides» pour les suspects arrêtés lors de manifestations, «plus de 10 600» selon le Département d’Etat américain.

En 2025, le pays a exécuté au moins 1 500 condamnés à mort, selon l’ONG Iran Human Rights. Lors du mouvement «Femme, vie, liberté» de 2022 après la mort de Mahsa Amini, douze personnes arrêtées lors des manifestations avaient été exécutées. «Ce régime est une catastrophe», a alerté la présidente d’Amnesty International dans les colonnes du Parisien. «Ce à quoi nous assistons, c’est une dérive dans l’horreur».

L’ONG avait ainsi prié l’Iran de «surseoir immédiatement à toutes les exécutions, y compris celle d’Erfan Soltani». Les Etats-Unis avaient de leur côté menacé les responsables de la République islamique d’agir «de manière très forte s’ils font une chose pareille».

Mise à jour à 9 h 14 avec les affirmations de l’agence du pouvoir judiciaire iranien.
Pour aller plus loin :

Dans la même rubrique