Aux cris de «mort au dictateur», les Iraniens sont descendus nombreux dans la rue ces derniers jours pour défier le pouvoir de l’ayatollah Ali Khamenei, selon des vidéos vérifiées par l’AFP ce vendredi 9 janvier. Les images montrent des foules de personnes sur plusieurs avenues de Téhéran, d’autres font état d’importantes manifestations dans plusieurs villes du pays, notamment à Tabriz (Nord), dans la ville sainte de Mashhad (Est) ainsi que dans l’ouest du pays à majorité kurde, notamment autour de la grande ville de Kermanshah.
Depuis le début du mouvement, parti le 28 décembre de Téhéran, des rassemblements ont eu lieu dans au moins une cinquantaine de villes, touchant 25 provinces sur 31, selon un décompte de l’AFP basé sur les annonces officielles et des médias.
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Ces manifestations, initialement liées au coût de la vie, sont les plus importantes en Iran depuis celles ayant eu lieu après la mort en 2022 de Mahsa Amini, arrêtée pour un voile prétendument mal ajusté. Au moins 51 manifestants, dont neuf mineurs, ont été tués au total, d’après un nouveau bilan publié vendredi par l’ONG Iran Human Rights (IHR), basée en Norvège.
Benyamin Nétanyahou affirme qu’il y aura «d’horribles conséquences» si l’Iran attaque Israël
Dans un entretien pour The Economist, le Premier ministre israélien a évoqué les manifestations en Iran : «C’est peut-être un moment où le peuple iranien prend en main son propre destin. Les révolutions se font mieux de l’intérieur», observe-t-il pour le média britannique. «Si l’Iran nous attaque, ce qu’il pourrait faire, alors il y aura d’horribles conséquences pour l’Iran, c’est certain», a-t-il continué.
Macron, Merz et Starmer condamnent «le meurtre de manifestants» et appellent à la «retenue»
Emmanuel Macron, Keir Starmer et Friedrich Merz ont condamné «fermement» vendredi «le meurtre de manifestants» et les «violences» commises par les forces de sécurité en Iran, dans une déclaration commune où les trois dirigeants appellent les autorités iraniennes à la «retenue». «Nous sommes profondément préoccupés par les informations faisant état de violences commises par les forces de sécurité iraniennes et condamnons fermement le meurtre de manifestants», ont écrit les dirigeants français, britannique et allemand, exhortant les autorités iraniennes à «s’abstenir de toute violence et à respecter les droits fondamentaux des citoyens iraniens», alors qu’une vague de contestation défie ces derniers jours le régime de la République islamique, en place depuis 1979.
Une «coupure d’Internet à l’échelle nationale», selon l’ONG Netblocks
Signe de la fébrilité des autorités iraniennes, le réseau internet a été coupé sur l’ensemble du territoire et demeurait inaccessible ce vendredi. C’est l’ONG de surveillance de la cybersécurité Netblocks, se basant sur des «données en temps réel», qui a rapporté «une coupure d’Internet à l’échelle nationale». «Cet incident fait suite à une série de mesures de censure numérique de plus en plus strictes visant les manifestations à travers le pays, et entrave le droit du public à communiquer à un moment critique», a écrit Netblocks sur le réseau social X. L’Iran est désormais déconnecté depuis vingt-quatre heures, a précisé ce vendredi soir l’organisation, qui fustige «une tentative d’étouffer la vague de contestation».
La lauréate du prix Nobel Shirin Ebadi s’inquiète d’un possible «massacre»
La lauréate du prix Nobel de la Paix 2003, l’avocate iranienne Shirin Ebadi, s’inquiète vendredi dans un communiqué d’un possible «massacre» par les forces de sécurité en Iran, durant la coupure des communications internet. «Des indices crédibles laissent penser que la République islamique pourrait tenter de transformer cette nuit en un massacre, sous le couvert d’un black-out total des communications», écrit Shirin Ebadi, qui vit en exil. La coupure nationale d’internet «n’est pas un problème technique en Iran, c’est une tactique», ajoute-t-elle sur son compte officiel Telegram, disant avoir été informée que des centaines de personnes ont été transportées jeudi dans un hôpital de Téhéran avec des «blessures graves aux yeux» causées par des tirs de fusils à plombs.
Ali Khamenei fustige des «vandales» et des «saboteurs»
Le guide suprême iranien, Ali Khamenei, a pris la parole ce vendredi à la télévision d’Etat, avertissant que son pays ne «reculerait pas» face à des manifestants qualifiés de «saboteurs» et de «vandales». S’exprimant devant ses partisans, Ali Khamenei a déclaré que les mains de Donald Trump étaient «tachées du sang de plus d’un millier d’Iraniens», dans une référence apparente à la guerre de douze jours déclenchée en juin par Israël et à laquelle les Etats-Unis s’étaient associés. Il a également prédit que «l’arrogant» dirigeant américain serait «renversé», à l’image de la dynastie qui a gouverné l’Iran jusqu’à la Révolution islamique de 1979.
Plus tard dans la journée, le chef de la diplomatie iranienne a accusé les Etats-Unis et Israël d’ingérence dans le mouvement de contestation : «C’est ce qu’ont affirmé les Américains et les Israéliens, à savoir qu’ils interviennent directement dans les manifestations en Iran», a déclaré Abbas Araghchi, en visite au Liban. «Ils essaient de transformer les manifestations pacifiques en actions clivantes et violentes, a-t-il affirmé le ministre. Concernant la possibilité d’une intervention militaire contre l’Iran, nous pensons que celle-ci est peu probable, car leurs tentatives précédentes ont totalement échoué.»
Le fils du chah demande à Trump d’intervenir
Le fils de l’ancien chah d’Iran a demandé vendredi à Donald Trump d’intervenir sans tarder dans la république islamique, où un mouvement de contestation contre le pouvoir prend de l’ampleur. «Monsieur le président, ceci est un appel urgent et immédiat réclamant votre attention, votre soutien et votre action, écrit Reza Pahlavi sur les réseaux sociaux. Veuillez vous tenir prêt à intervenir pour aider le peuple iranien.»
Jeudi, le président américain avait menacé de «frapper très fort» l’Iran si les autorités «commençaient à tuer» des manifestants. «Je leur ai fait savoir que s’ils commençaient à tuer des gens, ce qu’ils ont tendance à faire pendant leurs émeutes – ils ont beaucoup d’émeutes –, s’ils le font, nous les frapperons très fort», a dit le président américain pendant un entretien avec l’animateur radio conservateur Hugh Hewitt.
Paris appelle Téhéran «à la plus grande retenue»
La France «comprend les aspirations légitimes du peuple iranien à la liberté de s’exprimer et à manifester» et appelle les autorités iraniennes «à la plus grande retenue» dans leur réponse aux manifestations, a déclaré vendredi une source diplomatique à des journalistes. «On suit avec une grande préoccupation les événements en Iran», a ajouté cette source, déplorant la mort de manifestants et appelant les autorités iraniennes «à faire toute la lumière sur les circonstances de ces décès».




