En résumé :
- Deux semaines après le début du mouvement de contestation en Iran, de nouvelles manifestations ont eu lieu samedi soir dans le pays, en particulier dans la capitale Téhéran.
- Le blackout internet se poursuit ce dimanche. Le régime iranien a coupé l’accès de leurs citoyens à internet depuis jeudi. De quoi faire craindre une répression sanglante à l’abri des regards.
- Des ONG ont recensé des centaines de personnes tuées par les forces de l’ordre ces derniers jours, mais le chiffre réel des victimes pourrait être bien plus élevé.
- Alors que Donald Trump menace le régime iranien depuis plusieurs jours, les Etats-Unis étudieraient la possibilité d’intervenir, militairement ou pas. L’Iran menace de riposter contre les intérêts américains et israéliens.
Le régime décrète trois jours de deuil national et appelle ses soutiens à manifester lundi
Le gouvernement iranien a décrété ce dimanche soir trois jours de deuil national pour les «martyrs» de la «résistance», notamment les membres des forces de sécurité tués lors des manifestations, et appelé à des rassemblements en soutien à la République islamique lundi, a annoncé la télévision d’État. Le gouvernement a décrit la lutte contre ce qu’il appelle des «émeutes» comme une «bataille de résistance nationale iranienne contre l’Amérique et le régime sioniste [Israël, NDLR]». Le président Massoud Pezeshkian a exhorté la population à participer lundi à une «marche de résistance nationale» avec des rassemblements dans tout le pays pour dénoncer les violences commises, sleon lui, par des «criminels terroristes urbains».
«Le régime a les armes pour faire durer la coupure d’Internet», estime une experte
Interrogée par Libération, la sociologue Francesca Musiani, directrice du centre Internet et Société du CNRS, la situation actuelle est facilitée par le fait que les fournisseurs d’accès et régulateurs télécoms sont sous étroite tutelle du régime iranien. Notre interview à lire ici.
Le chef de l'ONU «choqué» appelle les autorités à «la plus grande retenue»
Le secrétaire général de des Nations unies, Antonio Guterres, s’est déclaré ce dimanche soir «choqué par les rapports faisant état de violences» à l’encontre des manifestants en Iran, appelant le régime «à faire preuve de la plus grande retenue» dans l’usage de la force. «Tous les Iraniens doivent pouvoir exprimer leurs doléances de manière pacifique et sans crainte. Les droits à la liberté d’expression, d’association et de réunion pacifique, tels qu’inscrits dans le droit international, doivent être pleinement respectés et protégés», a-t-il affirmé. Antonio Guterres appelle en outre les autorités «à prendre des mesures permettant l’accès à l’information dans le pays, notamment en rétablissant les communications».
Récit
L'ancien drapeau iranien brandit à Londres
Plusieurs milliers de personnes ont manifesté dimanche à Londres pour soutenir la contestation en cours contre le pouvoir en Iran, lors de différents rassemblements devant l’ambassade iranienne et Downing Street. Ils brandissaient notamment des drapeaux iraniens de l’époque ayant précédé l’instauration de la république islamique en 1979, de l’ex-famille royale ayant régné en Iran, avec les armoiries des Pahlavi au centre sur fond bleu clair. La veille, des centaines de personnes avaient déjà manifesté devant l’ambassade, et un homme était parvenu à grimper sur le balcon du bâtiment pour remplacer brièvement le drapeau de la République islamique par un drapeau de l’époque de la monarchie.
Des manifestants contre le régime à Paris aussi
Plus de deux mille personnes ont défilé ce dimanche à Paris à l’appel des partisans du fils de l’ancien chah d’Iran, pour soutenir le mouvement de contestation en cours en Iran, aux cris de «Non à la république islamiste terroriste». Les manifestants, de toutes générations dont de nombreux jeunes, ont défilé sous des drapeaux de l’ancien régime impérial iranien mais aussi sous des drapeaux israéliens, sans pouvoir approcher de l’ambassade d’Iran à Paris suite à une décision de la préfecture de Paris. «Fermez l’ambassade des mollahs, fabrique de terroristes», scandaient les manifestants.
Près de 500 morts et 10 000 personnes arrêtées, selon un nouveau bilan d'ONG
L’organisation américaine de défense des droits humains HRANA a déclaré ce dimanche avoir vérifié la mort de 490 manifestants et 48 membres des forces de sécurité, et l’arrestation de plus de 10 600 personnes depuis le début des mobilisations fin décembre, selon ses derniers relevés, basés sur des informations fournies par des militants à l’intérieur et à l’extérieur de l’Iran. Des chiffres invérifiables, et qui sont sans doute en deçà de la réalité, du fait de la coupure d’internet dans le pays depuis jeudi.
Déjà trois jours de blackout internet en Iran
La coupure d’internet mise en place par le régime iranien se poursuit, note ce dimanche après-midi l’ONG de surveillance de la cybersécurité Netblocks. «La connectivité avec le monde extérieur restant à seulement 1 % des niveaux habituels ; après 72 heures, la diminution des télécommunications continue d’affecter la capacité du public à accéder à l’information et à communiquer avec ses proches», souligne l’organisation.
⚠️ Update: #Iran's internet shutdown is entering its fourth day with connectivity to the outside world remains at just 1% of ordinary levels; at 72 hours, diminished telecoms continue to impact the public's ability to access information and communicate with loved ones ⏱️ pic.twitter.com/UOGSVMoZJj
— NetBlocks (@netblocks) January 11, 2026
Une réunion prévue mardi aux Etats-Unis avec Donald Trump pour une éventuelle intervention américaine
Le président américain devrait être «briefé» mardi par de hauts responsables de son administration sur les options possibles pour répondre aux manifestations en Iran, a rapporté ce dimanche le Wall Street Journal, citant des responsables américains. La réunion porterait notamment sur de nouvelles frappes militaires, le déploiement d’armes technologiques secrètes contre des sites militaires et civils iraniens, la mise en place de sanctions supplémentaires contre le gouvernement iranien et le soutien sur internet à la mobilisation contre le régime, a rapporté le journal américain.
Le fils de l’ancien chah se dit prêt à revenir en Iran «dès que possible»
Reza Pahlavi, figure de l’opposition iranienne en exil aux Etats-Unis, a affirmé ce dimanche être «prêt à retourner en Iran dès que possible». Son retour serait même déjà «en préparation», a-t-il expliqué dans l’émission «Sunday Morning Futures» sur Fox News. «Mon travail consiste à mener cette transition afin de m’assurer que tout soit mis en oeuvre, dans une transparence totale, pour que les citoyens puissent élire librement leurs dirigeants et décider de leur propre avenir», a ajouté le fils de l’ancien chah renversé en 1979.
Benyamin Nétanyahou espère que l'Iran «sera bientôt délivré du joug de la tyrannie»
Le Premier ministre israélien a déclaré ce dimanche espérer que l’Iran «serait bientôt délivré du joug de la tyrannie», et condamné «les massacres de masse commis contre des civils» selon lui dans le pays, où le pouvoir fait face à une mobilisation d’ampleur. «Lorsque ce jour viendra, Israël et l’Iran redeviendront des partenaires fidèles pour bâtir un avenir de prospérité et de paix pour les deux peuples», a ajouté Benyamin Nétanyahou à l’ouverture du Conseil des ministres hebdomadaire.
«Pour l’Iran, tout est possible», selon la cinéaste Sepideh Farsi
Bain de sang massif, hold-up du mouvement par un courant politique appuyé par une intervention militaire étrangère ou réelle transition démocratique… L’issue est incertaine, écrit la cinéaste iranienne Sepideh Farsi qui vit à Paris et se dit «en apnée», «basculant de l’angoisse à l’espoir». Elle invite à s’incliner devant le courage du peuple iranien et à l’accompagner dans son combat. Sa tribune dans Libération.
Le fils du chah, hypothétique alternative
Considère-t-il que son heure est venue ? Reza Pahlavi, héritier de l’empereur destitué en 1979 et qui vit en exil aux Etats-Unis depuis la révolution, encourage les manifestants et se verrait bien en homme de la transition. Mais le nombre de ses soutiens, tout comme son projet politique, restent flous. Son profil est à lire ci-dessous :
Le pape prie pour le dialogue et la paix en Iran et en Syrie
Le pape Léon XIV a lancé ce dimanche un appel au dialogue et à la paix en Iran et en Syrie lors de la prière de l’Angélus. «Mes pensées se tournent vers ce qui se passe ces jours-ci au Moyen-Orient, en particulier en Iran et en Syrie, où des tensions persistantes causent la mort de nombreuses personnes. J’espère et je prie pour la patiente construction du dialogue et de la paix, pour le bien commun de la société tout entière.»
Le président iranien charge les Etats-Unis et Israël, et met en garde «les émeutiers»
Dans sa première prise de parole depuis l’intensification ces derniers jours de la contestation contre le pouvoir, Masoud Pezeshkian a affirmé ce dimanche midi que les États-Unis et Israël cherchent à «semer le chaos et le désordre» en Iran, en ordonnant des «émeutes». Il a également appelé les Iraniens à prendre leurs distances avec les «émeutiers et terroristes». «Le peuple ne devrait pas permettre aux émeutiers de déstabiliser la société. Le peuple devrait avoir confiance en notre volonté d’instaurer la justice», a ajouté le président iranien dans une interview diffusée par la télévision d’Etat Irib.
Israël dit «soutenir la lutte du peuple iranien pour la liberté»
Le ministre israélien des Affaires étrangères a déclaré dimanche que son pays «soutient la lutte du peuple iranien pour la liberté», alors que la République islamique fait face à un mouvement de contestation inédit depuis trois ans. «Nous pensons qu’il mérite un avenir meilleur. Nous n’avons aucune hostilité envers le peuple iranien. Nous avons un énorme problème […] avec le régime […], premier exportateur de terrorisme et de radicalisme», a ajouté Gideon Saar dans une interview télévisée postée sur son compte X.
Décryptage
Ce qu'un journaliste à Téhéran a pu nous dire
Un journaliste à Téhéran est parvenu, samedi, à retrouver l’accès à Internet durant quelques minutes avant de perdre à nouveau le réseau. Voici ce qu’il a eu le temps d’écrire à Libération : «La participation aux manifestations de jeudi dernier était massive : dans la soirée, la foule avait pris le contrôle de trois guérites de police sur la place Vanak, au cœur de Téhéran. En réaction, la répression par les forces de sécurité est particulièrement violente. En ville, les rumeurs évoquent jusqu’à 1 000 morts, seulement pour Téhéran. Ces chiffres sont invérifiables sur le terrain. Mais une infirmière qui travaille dans un petit hôpital au sud de la capitale m’a dit avoir compté au moins 24 morts dans son seul établissement, des manifestants tués par l’intervention des forces de l’ordre».
Une ONG de défense des droits humains fait état de près de 200 morts
Au moins 192 manifestants ont été tués en deux semaines de mouvement de contestation en Iran, a affirmé ce dimanche l’ONG Iran Human Rights, organisation de défense des droits humains basée en Norvège. Cela représente une forte hausse par rapport à son bilan précédent, de 51 morts, dressé vendredi. L’ONG avertit toutefois que le bilan réel des victimes pourrait être bien plus élevé, la coupure d’internet de plusieurs jours ayant rendu difficile le décompte.
Le président iranien va s'exprimer dans la journée
Massoud Pezeshkian va aborder la situation économique et les «revendications du peuple» dans une interview qui sera diffusée plus tard ce dimanche, a annoncé en fin de matinée la télévision d’Etat Irib. Cet entretien avec les médias iraniens, déjà réalisé, porte sur «l’état d’avancement du programme économique du gouvernement» et évoque «les événements récents et l’approche du gouvernement» pour répondre aux attentes des Iraniens, selon la même source.
Israël exhorte l'UE à classer les Gardiens de la Révolution comme «organisation terroriste»
Le ministre des Affaires étrangères israélien a jugé ce dimanche «l’heure venue pour l’UE de qualifier les Gardiens de la Révolution iranienne d’organisation terroriste», au moment où la République islamique est soupçonnée de réprimer violemment des manifestations. «Telle est depuis longtemps la position de l’Allemagne, et aujourd’hui, l’importance de cette question est claire pour tous», a souligné Gideon Saar sur X, après des discussions avec le ministre de l’Intérieur allemand Alexander Dobrindt, en visite en Israël.
A lire aussi
Une ONG iranienne évoque «un massacre en cours»
Le Centre pour les droits de l’homme en Iran (CHRI), dont le siège est à New York, a dit avoir reçu des «témoignages directs et des rapports crédibles» sur la mort de centaines de manifestants ces derniers jours. «Un massacre est en cours en Iran. Le monde doit agir maintenant pour empêcher de nouvelles pertes humaines», avertit l’organisation. Elle ajoute que les hôpitaux sont «débordés», que les réserves de sang diminuent et que de nombreux manifestants ont été délibérément visés aux yeux par des tirs.



