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Moyen-Orient

Nucléaire iranien : Paris, Londres et Berlin lancent le processus pour réimposer les sanctions de l’ONU

En invoquant le mécanisme «snapback», les puissances entament un processus de trente jours pour tenter de trouver une solution négociée avec Téhéran.
Le consulat iranien à Istanbul, où des négociations sur le nucléaire ont été menées avec la France, la Grande-Bretagne et l'Allemagne, le 25 juillet. (Dilara Senkaya/REUTERS)
publié le 28 août 2025 à 16h18
(mis à jour le 28 août 2025 à 17h39)

Face à l’impasse des négociations sur le nucléaire iranien, la France, le Royaume-Uni et l’Allemagne ont mis ce jeudi 28 août leur menace à exécution en entamant à l’ONU la procédure de rétablissement des sanctions internationales contre Téhéran dans trente jours. Le Conseil de sécurité de l’ONU tiendra vendredi à 10 heures une réunion d’urgence pour discuter à huis clos de ce déclenchement.

Les trois pays, surnommés E3, «souhaitent notifier le Conseil de sécurité que, sur la base de preuves factuelles, l’E3 estime que l’Iran est en position de non respect important de ses engagements» en vertu de l’accord sur le nucléaire de 2015, le JCPOA, et «invoquent ainsi le mécanisme connu sous le nom du snapback», qui ouvre un processus de trente jours permettant de réimposer toute une série de sanctions suspendues il y a dix ans, indique leur lettre adressée au Conseil de sécurité.

Le ministère iranien des Affaires étrangères a réagi en promettant une réponse à la décision «injustifiée et illégale» des Européens. «Cette décision des trois pays européens compromettra gravement le processus d’interaction et de coopération en cours entre l’Iran et l’Agence», chargée de surveiller le programme nucléaire iranien, a par ailleurs annoncé la diplomatie iranienne, dans un communiqué officiel.

Négociations ensablées

Israël de son côté a salué l’initiative. «L’Iran continue à ignorer la communauté internationale et à violer ses engagements, encore et encore. Israël a déjà exposé ses inquiétudes concernant les intentions malveillantes des Ayatollahs. Maintenant les pays du monde joignent ce combat contre l’axe du mal», a déclaré l’ambassadeur israélien à l’ONU Danny Danon dans un communiqué.

Signé par l’E3, l’Iran, les Etats-Unis, la Chine et la Russie, le JCPOA suspend diverses sanctions économiques internationales prises par l’ONU contre l’Iran. Le gouvernement iranien, qui avait lancé un programme nucléaire secret, est accusé de vouloir se doter de l’arme atomique, ce qu’il réfute. L’accord avait été dénoncé en 2018 par les Etats-Unis qui ont rétabli leur propre volet de sanctions. L’E3 menaçait de rétablir les sanctions avant l’expiration du mécanisme du «snapback» le 18 octobre faute de solution négociée.

Ils espèrent pousser l’Iran à des concessions alors que diplomatie est au point mort quelques semaines après la campagne de bombardements israéliens et américains contre des sites du programme iranien : les négociations Etats-Unis-Iran sont ensablées, la coopération de Téhéran avec l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA) est restreinte, et les discussions entre Téhéran et les Européens n’ont pas abouti.

«En juillet 2025, les E3 ont mis sur la table une offre d’extension de la résolution [2 231 de l’ONU régissant le JCPOA] et de son mécanisme de “snapback”. Les exigences fixées par les E3 en contrepartie de cette extension, à savoir notamment la reprise des négociations, le respect par l’Iran de ses obligations à l’égard de l’AIEA, et des mesures pour répondre à nos préoccupations concernant le stock d’uranium hautement enrichi, n’ont pas encore été remplies de manière satisfaisante par l’Iran», écrivent les trois ministres des Affaires étrangères dans une déclaration conjointe séparée consultée par Libération.

«Sortir de l’impasse»

Le non-respect par l’Iran du JCPOA «est manifeste et délibéré, et des sites présentant un risque majeur de prolifération en Iran sont en dehors de la surveillance de l’AIEA», disent-ils, affirmant que les Européens ont fait «tous les efforts possibles pour sortir de l’impasse» depuis plusieurs années.

«L’escalade nucléaire de l’Iran ne doit pas aller plus loin», a justifié jeudi le chef de la diplomatie française sur X. Toutefois, «cette mesure ne signe pas la fin de la diplomatie : nous sommes déterminés à mettre à profit la période de trente jours qui s’ouvre pour dialoguer avec l’Iran», affirme Jean-Noël Barrot.

«Nous avons dit aux Iraniens que leur intérêt n’est pas de jouer l’escalade mais d’utiliser ces trente jours pour faire des efforts», a expliqué une source diplomatique française. «Je pense qu’ils vont être tentés de jouer l’escalade, du moins en partie, prévient-elle. Le risque d’escalade existe, mais si on ne faisait rien, le dossier du nucléaire iranien sortait de l’ONU pour toujours», la résolution 2 231 du Conseil de sécurité expirant le 18 octobre.

«Nous attendons désormais de l’Iran» : une «coopération totale avec l’AIEA», un «engagement clair en faveur de négociations avec les Etats-Unis» et des certitudes sur le sort du stock d’uranium iranien, a expliqué sur X le ministre allemand Johann Wadephul. Le sort des stocks de 400 kilos d’uranium à 60 %, permettant de fabriquer neuf bombes, demeure inconnu depuis qu’ils ont été visés par les bombardements israéliens et américains de juin. Le chef de la diplomatie américaine, Marco Rubio, a affirmé jeudi que les Etats-Unis étaient ouverts à des discussions «directes» avec l’Iran.

«Les Iraniens s’arc-boutent à leur position maximaliste qui est de n’autoriser aucune nouvelle coopération avec l’AIEA. Est-ce qu’il peut y avoir des négociations dans les trente jours ? C’est l’objectif de tout le monde, mais il faut que les Iraniens abandonnent cette position maximaliste», analyse pour l’AFP Héloïse Fayet, chercheuse sur les questions nucléaires à l’Institut français des relations internationales.

Mise à jourà 17 h 39 avec davantage de précisions.