Rarement tendre, et bien souvent à raison, avec le Conseil de sécurité des Nations unies, l’histoire retiendra qu’il lui aura fallu cinq mois, 18 jours et six tentatives pour parvenir à se mettre d’accord sur un texte appelant à l’interruption des violences dans la bande de Gaza, pour raisons humanitaires. Après des semaines de négociations confidentielles et d’invectives publiques, après trois vétos de la part de Washington et deux opposés par Moscou et Pékin, le Conseil a donc, enfin, adopté ce lundi 25 mars une résolution qui «exige un cessez-le-feu immédiat pour le mois de Ramadan», pourtant déjà entamé depuis deux semaines. La fin d’un silence «assourdissant», a salué l’ambassadeur de France.
Succinct, pour ne pas dire lapidaire, le texte de 267 mots, dont certains ont été négociés jusqu’à la dernière minute après déjà un week-end de pourparlers avec Washington, a été proposé par les dix pays membres non permanents du Conseil de sécurité. Ceux-là mêmes qui ne disposent pas du droit de veto et assistent souvent, impuissants, aux joutes diplomatiques des «grandes» puissances, en particulier les Etats-Unis, la Russie et la Chine, habitués à bloquer les textes touchant à leurs intérêts ou leurs alliés (Israël, Syrie, Birmanie, Venezuela…). La France et le Royaume-Uni, les deux autres nations titulaires d’un droit de veto dont elles demandent d’ailleurs la réforme, n’en ont pas fait usage depuis 1989.
Après avoir observé une minute de silence en hommage aux victimes de l’attentat perpétré vendredi soir dans la banlieue de Moscou, le Conseil de sécurité a donc adopté, par 14 voix pour, aucune contre et l’abstention des Etats-Unis, la résolution présentée par les dix membres élus du Conseil (Algérie, Corée du Sud, Equateur, Guyana, Japon, Malte, Mozambique, Sierra Leone, Slovénie et Suisse). Le texte, qui exprime la «profonde inquiétude» du Conseil face à la «situation humanitaire catastrophique» dans la bande de Gaza, «exige un cessez-le-feu immédiat pour le mois de Ramadan, respecté par toutes les parties et conduisant à un cessez-le-feu durable, et exige également la libération immédiate et inconditionnelle de tous les otages, ainsi que la garantie d’un accès humanitaire pour répondre à leurs besoins médicaux et autres besoins humanitaires».
Purement symbolique
«Depuis cinq mois, le peuple palestinien souffre terriblement. Ce bain de sang a continué trop longtemps. C’est notre obligation d’y mettre un terme. Enfin, le Conseil de sécurité prend ses responsabilités», a salué l’ambassadeur algérien Amar Bendjama. Son homologue slovène a appelé à la «mise en œuvre rapide» de cette résolution et dit espérer qu’elle puisse «marquer le début de la fin pour la souffrance» des Palestiniens de Gaza.
Un optimisme de façade dont personne n’est dupe : le texte onusien demeure purement symbolique, notamment de l’agacement croissant de Washington face à la conduite de la guerre par son allié israélien. L’entrée en vigueur d’un cessez-le-feu en échange de la libération des otages israéliens détenus à Gaza et de milliers de prisonniers palestiniens détenus en Israël ne pourra se faire que par le biais des négociations menées depuis des semaines entre les acteurs du conflit et les pays médiateurs - Etats-Unis, Qatar et Egypte.
Sans surprise, Israël a aussitôt exprimé son vif mécontentement à l’égard des Etats-Unis, dont l’abstention «nuit aux efforts de guerre et aux efforts pour libérer les otages, parce qu’il donne l’espoir au Hamas que la pression internationale leur permettra d’obtenir un cessez-le-feu sans libération de nos otages», écrit dans un communiqué le bureau du Premier ministre. En représailles, Benyamin Nétanyahou a décidé de ne pas envoyer la délégation israélienne attendue à Washington cette semaine. Sous pression, Benyamin Nétanyahou avait accepté, à la demande de Joe Biden, d’envoyer des émissaires aux Etats-Unis pour échanger sur l’offensive qu’Israël souhaite mener à Rafah, ce qui serait «une erreur» aux conséquences humanitaires dévastatrices, prévient la Maison Blanche. Le ministre israélien de la Défense, Yoav Gallant, est quant à lui arrivé à Washington dimanche.
Analyse
«Ce n’est que par la diplomatie que nous pourrons faire avancer ce dossier. Nous nous rapprochons d’un accord, mais nous n’y sommes pas encore», a déclaré l’ambassadrice américaine à l’ONU, Linda Thomas-Greenfield. Après un nouveau cycle de pourparlers en fin de semaine dernière, les chefs du Mossad israélien et de la CIA ont quitté samedi soir la capitale qatarie. Selon une source sécuritaire, les dernières discussions se sont «concentrées sur les détails et un ratio pour l’échange d’otages et de prisonniers». Le jour même, un responsable du Hamas avait fait état de «profondes divergences» avec Israël dans les négociations, balayant les espoirs d’un accord imminent.
«Le Hamas continue de faire obstacle à la paix», a accusé la représentante des Etats-Unis, exhortant les autres membres du Conseil à «exiger sans équivoque que le Hamas accepte l’accord mis sur la table». Linda Thomas-Greenfield a dit «ne pas s’attendre à cela de la part de la Russie et la Chine, qui ne peuvent toujours pas se résoudre à condamner l’horrible attaque du Hamas du 7 octobre». Une manière pour les Etats-Unis, très souvent critiqués pour leur soutien sans faille à Israël à l’ONU, de rappeler que le Conseil de sécurité n’est jamais parvenu à adopter un texte condamnant explicitement les massacres perpétrés par le Hamas le 7 octobre. Une tache indélébile sur sa mission.




