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Pourparlers américano-iraniens : des «principes directeurs» convenus pour un futur accord

L’Iran et les Etats-Unis se sont réunis ce mardi 17 février à Genève, pour un second cycle de négociations, dans un contexte tendu, marqué par des menaces navales.

Le ministre iranien des Affaires étrangères Abbas Araghchi lors d'une session de la Conférence des Nations unies sur le désarmement, à Genève, le 17 février 2026. (Valentin Flauraud/AFP)
Publié aujourd'hui à 16h53

Clap de fin du second tour des négociations entre l’Iran et les Etats-Unis. Après une escalade de menaces de part et d’autre, accentuée par le vaste mouvement de contestations réprimé dans le sang par les autorités iraniennes en janvier, Téhéran et Washington avaient réengagé le dialogue le 6 février à Oman. Cette fois-ci, c’est la Suisse qui s’est fait l’hôte, ce mardi 17 février, du bal des échanges diplomatiques entre les deux pays ennemis. Mais si, à l’issue de cette rencontre, le chef de la diplomatie iranienne s’est réjoui d’être convenu avec les Etats-Unis d’un «ensemble de principes directeurs» susceptibles d’ouvrir la voie à un possible accord, cette deuxième session de pourparlers est intervenue dans un contexte très tendu entre les deux pays.

«Nous avons pu parvenir à un large accord sur un ensemble de principes directeurs, sur la base desquels nous avancerons et commencerons à travailler sur le texte d’un accord potentiel», a déclaré Abbas Araghchi à la télévision d’Etat, qualifiant la nouvelle session de pourparlers de «plus constructive» que celle du 6 février à Oman. Mais «cela ne signifie pas que nous pouvons parvenir rapidement à un accord», a toutefois tempéré le ministre, reconnaissant qu’il «faudrait du temps pour réduire» l’écart entre les positions des deux parties.

Contexte diplomatique tendu

Avec pour chefs de file, d’un côté l’émissaire Steve Witkoff et le gendre de Donald Trump Jared Kushner, et de l’autre le chef de la diplomatie iranienne Abbas Araghchi, les discussions se sont étalées sur environ trois heures et demie par le biais de messages interposés, ont rapporté des médias iraniens. Alors que les deux délégations se trouvaient dans la résidence d’Oman, dans la commune de Cologny - voisine de Genève -, l’ayatollah Ali Khamenei, guide suprême de l’Iran, s’est livré à un discours virulent, assurant que l’Amérique n’arriverait jamais à détruire la République islamique. Le dirigeant de 86 ans n’a pas hésité à hausser le ton, en prévenant que le porte-avions étasunien présent dans le Golfe pouvait être coulé : «Un navire de guerre est certes une arme dangereuse, mais l’arme capable de le couler l’est encore plus», a-t-il lancé.

La déclaration d’Ali Khamenei intervient alors que les Gardiens de la Révolution - l’armée idéologique du pays -, mènent des manœuvres militaires, aux airs de démonstration de force, dans le détroit d’Ormuz, point de passage stratégique pour le commerce mondial de pétrole. Par mesure de «sécurité» pendant ces exercices, le détroit sera partiellement fermé, pendant «quelques heures», a rapporté la télévision d’Etat iranienne mardi.

Un «dilemme existentiel»

Les pays occidentaux - et Israël, considéré par des experts comme la seule puissance nucléaire au Moyen-Orient -, soupçonnent l’Iran de vouloir se doter de l’arme nucléaire. Une accusation que Téhéran dément largement, tout en insistant sur son «droit inaliénable» à développer une filière nucléaire civile et à enrichir l’uranium, conformément aux dispositions du Traité de non-prolifération dont il est signataire. Et alors que la question du nucléaire iranien était inévitablement attendue au cœur des discussions, le porte-parole du ministère iranien des Affaires étrangères, Esmaeil Baqae, a rappelé que tout accord avec Washington devait être accompagné d’une levée des sanctions. Deux éléments que ce dernier a qualifiés d’«indissociables».

L’Iran s’est alors dit prêt à un compromis concernant son stock d’uranium hautement enrichi, estimé à plus de 400 kg et dont le sort est incertain, à condition que Washington lève ses mesures punitives. L’Iran est «confronté à un dilemme existentiel : céder aux exigences américaines pourrait lui permettre d’obtenir un allègement des sanctions dont le pays aurait désespérément besoin», a analysé Ali Fathollah-Nejad, du Centre de réflexion pour le Moyen-Orient et l’ordre global (CMEG). Mais «toute concession significative sur les questions nucléaires, balistiques et relatives aux alliés régionaux risquerait de compromettre gravement sa position idéologique et militaire», a-t-il ajouté.

Selon le chef de la diplomatie iranienne, l’Iran et les Etats-Unis n’ont pas fixé de date pour de nouveaux pourparlers.

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