
«Si le Rojava tombe, c’est tous les Kurdes du monde qui en pâtiront» : dans le Nord-Est syrien, une méfiance générale face au cessez-le-feu
Sous la pulsation de sa machine à coudre, Essam Diwani, les sourcils froncés par la détermination, glisse frénétiquement des pièces de tissu noir bientôt transformées en équipement de camouflage. «Ce sont des cagoules ! J’en couds une centaine par jour !» s’exclame-t-il, tout guilleret derrière son atelier installé dans un étroit couloir du bazar central de Kameshli. Sur le sol, des dizaines d’écussons jaunes, sigles des Unités de protection du peuple (YPG), colonne vertébrale de l’armée kurde des Forces démocratiques syriennes (FDS), s’accumulent entre les bobines de fil, prêts à être cédés à quiconque tend quelques livres syriennes.
L’annonce, vendredi 30 janvier, d’un cessez-le-feu permanent entre les FDS et l’armée régulière, lui a pourtant laissé un goût amer. «Cet accord n’est pas à la hauteur des sacrifices auxquels nous avons consentis. Et puis, nous n’avons pas confiance», fustige Essam Diwani. Faute de pouvoir compter sur leurs anciens alliés, au premier rang desquels les Etats-Unis, «tous les Kurdes sont désormais des soldats !» justifie le tailleur en refourguant un masque à un jeune étudiant venu étoffer son