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Syrie : au moins trois morts en marge de manifestations après l’attaque meurtrière d’une mosquée alaouite à Homs

Des heurts ont éclaté ce dimanche à Lattaquié entre des Alaouites et les forces de sécurité. Le rassemblement avait été organisé après l’attaque meurtrière d’une mosquée, revendiquée par un groupuscule extrémiste sunnite.

Des manifestants appartenant à la minorité religieuse alaouite, communauté dont est issu Bachar al-Assad, le dimanche 28 décembre. (Omar Albam/AP)
Publié le 28/12/2025 à 15h51

Dans une Syrie déjà sous tension, la colère des Alaouites a viré au drame ce dimanche. Des manifestations de la communauté, organisées après l’attaque meurtrière d’une mosquée, ont dégénéré dans le pays : les affrontements entre forces de sécurité et manifestants ont fait deux morts, selon une ONG et une source médicale. Le drame s’est produit lorsque les forces de l’ordre ont dispersé le rassemblement dans la ville côtière de Lattaquié, a indiqué à l’AFP l’Observatoire syrien des droits de l’Homme (OSDH), basé au Royaume-Uni et disposant d’un vaste réseau de sources dans le pays. L’agence officielle Sana, citant les services de santé, a ensuite fait état d’un bilan de «trois décès et 60 blessés».

«Pourquoi cette tuerie ?»

L’un des hôpitaux de la zone a reçu deux corps, a rapporté une source médicale, confirmant l’information. Les autorités n’ont de leur côté pas certifié avoir ouvert le feu sur des manifestants, mais ont dit avoir «maîtrisé la situation» et accusé des partisans de l’ancien président Bachar al-Assad d’avoir attaqué les forces de sécurité.

Des milliers de personnes sont descendues dans la rue dimanche pour réclamer la fin des violences contre la communauté alaouite, après l’attaque d’une mosquée qui a fait huit morts vendredi à Homs, dans le centre du pays. «Assad est parti et nous ne soutenons pas Assad… Pourquoi cette tuerie , s’interroge Numeir Ramadan, un marchand de 48 ans. «Pourquoi ces actions aléatoires ont-elles lieu, sans aucune dissuasion, responsabilité ou surveillance , ajoute-t-il. Saraya Ansar al-Sunna, un groupuscule extrémiste sunnite peu connu, a revendiqué l’attentat de vendredi sur Telegram, jurant de poursuivre les attaques ciblant «les infidèles et les apostats».

La minorité alaouite, une branche de l’islam chiite dont est issu Bachar al-Assad, est la cible d’attaques depuis qu’une coalition islamiste a pris le pouvoir à Damas fin 2024. Outre Lattaquié, des échauffourées ont également eu lieu à Homs, d’après l’OSDH, qui a fait état de plusieurs blessés.

Plus de 1 700 morts en mars

Le dignitaire Ghazal Ghazal, président du Conseil islamique alaouite en Syrie et à l’étranger, a condamné «une violation flagrante» de la liberté d’expression, dénonçant «l’oppression» du nouveau pouvoir syrien. «Nous appelons notre peuple à rester en sécurité et à rentrer chez lui», a-t-il écrit sur Facebook. C’est lui qui avait lancé samedi l’appel à manifester, pour «montrer au monde que la communauté alaouite ne pouvait pas être humiliée ou marginalisée», après un rassemblement similaire en novembre. «Nous ne voulons pas d’une guerre civile, nous voulons un fédéralisme politique. Nous ne voulons pas de votre terrorisme. Nous voulons décider de notre propre destin», avait-il commenté.

Son visage s’affichait dimanche sur des photos brandies par la foule, qui a entonné des chants appelant à davantage d’autonomie. «Notre première revendication est le fédéralisme afin de mettre fin au bain de sang. On nous tue parce que nous sommes alaouites», déplore Hadil Saleh, femme au foyer de 40 ans.

En mars, des massacres sur le littoral avaient fait plus de 1 700 morts, essentiellement des Alaouites, après des affrontements entre forces de sécurité et partisans de Bachar al-Assad, selon l’OSDH. Une commission nationale d’enquête avait recensé au moins 1 426 morts, pour la plupart des civils. Dimanche, les manifestants ont par ailleurs réclamé la libération de détenus issus de la communauté alaouite.

Selon la télévision d’Etat syrienne, 70 d’entre eux ont été remis en liberté il y a deux jours «après qu’il a été prouvé qu’ils n’étaient pas impliqués dans des crimes de guerre», et d’autres libérations sont attendues.

Mise à jour à 17 h 15 avec un nouveau bilan de 3 morts.

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