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Guerre Hamas-Israël

Trêve à Gaza : les Etats-Unis pressent, le Hamas tergiverse

En déplacement en Israël ce mercredi 1er mai, le chef de la diplomatie américaine Antony Blinken a une nouvelle fois demandé au mouvement palestinien d’accepter la trêve validée par Israël. Mais le Hamas prend son temps.

Le secrétaire d'Etat américain Antony Blinken parlant à des familles d'otages le 1er mai 2024 à Tel Aviv. (Oded Balilty/AP)
ParBenjamin Delille
Correspondant à Washington
Publié le 01/05/2024 à 10h27, mis à jour le 01/05/2024 à 12h43

Les Etats-Unis n’ont jamais semblé aussi pressés. En Israël, ce mercredi, au terme d’une septième tournée régionale depuis le 7 octobre, le secrétaire d’Etat américain Antony Blinken a une nouvelle fois pressé le Hamas d’accepter dès «maintenant» l’accord de trêve dont la dernière mouture a été validée par l’Etat hébreu. Pressé par l’urgence humanitaire à Gaza, où l’aide n’entre toujours pas assez pour couvrir les besoins des plus de 2 millions d’habitants de ce territoire ravagé par les bombardements, mais aussi et surtout par l’importance du débat politique provoqué aux Etats-Unis par l’occupation des universités américaines.

C’est même devenu un enjeu électoral outre-Atlantique, à presque six mois du scrutin présidentiel. Le soutien de Washington à Tel Aviv divise les démocrates depuis plusieurs semaines, et affaiblit grandement le président candidat Joe Biden face à un Donald Trump qui continue de progresser dans les sondages malgré ses bisbilles judiciaires. L’intervention policière dans l’université de Columbia, à New York, pour déloger les militants propalestiniens, était par exemple commentée en direct ce mardi sur la chaîne conservatrice Fox News par l’ex-président milliardaire qui sera investi cet été par le Parti républicain. Il fustigeait le supposé laxisme de son adversaire démocrate qu’il affrontera le 5 novembre. Quelques heures plus tard, des échauffourées éclataient à UCLA, l’université de Los Angeles, après qu’un groupe de jeunes opposants au mouvement d’occupation ont lancé des feux d’artifices sur les tentes des militants.

Sensibilités

De quoi expliquer l’empressement du secrétaire d’Etat américain qui, après son passage à Riyad mardi 30 avril, fait feu de tout bois tout en essayant de soigner les sensibilités de chacun. Aux Israéliens, il assure être déterminé «à obtenir un cessez-le-feu ramenant les otages chez eux et à l’obtenir maintenant. Et la seule raison pour laquelle cela ne se ferait pas, c’est le Hamas». Aux autres, il promet de tout faire pour empêcher l’imminence d’une offensive israélienne sur la ville de Rafah, dernier réduit palestinien au sud de la bande de Gaza où se concentrent près d’1,5 million de personnes dans des conditions de vie déplorables. Il a d’ailleurs répété son opposition à une telle opération lors d’un entretien avec Benyamin Nétanyahou à Jérusalem ce mercredi selon Matthew Miller, le porte-parole du département d’Etat.

L’organisation islamiste a répondu presque directement à ses déclarations ce matin en l’accusant de faire pression sur le Hamas tout en «acquittant» Israël, selon Sami Abu Zuhri, un haut responsable du Hamas. Celui-ci a dit à l’agence Reuters que le groupe est toujours en train d’étudier la dernière offre pour laquelle Tel-Aviv dit attendre une réponse au plus tard ce mercredi soir. Selon Associated Press, le Hamas aurait demandé des clarifications sur la dernière mouture aux négociateurs égyptiens et qataris. Depuis la dernière trêve de novembre, les négociations achoppent toujours sur le même point : l’organisation souhaite un cessez-le-feu permanent et un retrait total des forces israéliennes de Gaza, alors que Benyamin Nétanyahou maintient que son opération continuera «avec ou sans accord» de trêve. En bons équilibristes, des officiels américains disent au New York Times espérer qu’une trêve de six semaines, telle qu’elle est prévue actuellement, mènera à un cessez-le-feu permanent.

Détails de l’accord

Mais il faut avouer que la formulation pour qu’une telle condition soit respectée reste assez floue. Du moins telle qu’elle est présentée ce mercredi par le journal libanais Al Akhbar, qui publie les détails de l’accord présenté par l’Egypte au Hamas vendredi dernier. Les mots utilisés ne mentionnent pas d’engagement d’Israël à ne pas revenir dans la bande de Gaza, comme le souhaite l’organisation islamiste, mais «un retour au calme et la mise en œuvre de tout ce qui est nécessaire pour parvenir à un cessez-le-feu».

Par ailleurs, l’article confirme qu’une première phase de 40 jours doit permettre la suspension des activités de Tsahal dans l’enclave palestinienne et le retrait des forces armées des zones les plus peuplées, notamment celles proches de la frontière. Les soldats israéliens resteraient néanmoins postés dans un premier temps dans le corridor de Netzarim, au centre de la bande. Un premier lot de 33 femmes otages – dont des soldates – serait libéré à raison de trois par jour contre une quarantaine de femmes palestiniennes – notamment des condamnées à mort. Selon l’accord, le Hamas s’engagerait à fournir au septième jour de la trêve une liste de tous les otages encore en vie. Puis ce serait au tour d’hommes otages – malades, blessés ou âgés de plus de 50 ans – d’être libérés contre 20 à 50 prisonniers palestiniens.

Pendant toute la durée des libérations d’otages, Israël s’engage à ne pas survoler Gaza, ni par avion ni par drone, pendant huit à dix heures par jour. Et l’armée israélienne doit laisser les Gazaouis regagner leur zone de résidence, laisser l’aide humanitaire rentrer, et progressivement se retirer, à partir du 22e jour, du corridor de Netzarim pour faciliter l’acheminement des 500 camions d’aides prévus dans l’accord – dont 50 camions-citernes avec du fuel. Une deuxième phase est ensuite prévue pour permettre la libération de l’ensemble des otages encore en vie et permettre la négociation d’un cessez-le-feu durable. Une troisième, encore hypothétique, doit voir le retour des corps d’otages décédés et la mise en place d’un plan de réhabilitation de cinq ans au cours duquel les Palestiniens s’engageraient à ne construire aucune installation militaire dans l’enclave.

Urgence

En attendant la réponse du Hamas, chacun joue sa partition. Au-delà des Etats-Unis qui mettent la pression, certaines puissances occidentales veulent aussi jouer un rôle, notamment la France. Le ministre des Affaires étrangères Stéphane Séjourné est en visite surprise au Caire ce mercredi 1er mai, après Tel Aviv mardi et Ryad lundi. Selon Reuters, il veut tenter d’inscrire les trois ressortissants français encore otages sur la liste des futurs libérés en cas d’accord. Des diplomates français assurent également qu’il veut présenter une proposition pour désamorcer les tensions à la frontière libanaise entre Israël et le Hezbollah, l’autre front qui menace d’une escalade sans précédent depuis sept mois.

Malgré l’espoir encore incertain d’une trêve, les tensions ne se relâchent pas. Israël continue ses bombardements sur la bande de Gaza et affirmait ce mercredi matin avoir «frappé et détruit» dans la nuit «des installations de stockage d’armes, des structures militaires, des sites de lancement et des lanceurs de mortiers». Le ministère gazaoui de la Santé contrôlé par le Hamas a de son côté fait état d’un nouveau bilan de 34 568 morts, majoritairement des civils. Dans son entretien ce matin avec le président israélien Isaac Herzog, le secrétaire d’Etat américain a évoqué d’un mot les victimes gazaouies : «Nous devons aussi nous préoccuper des gens qui souffrent, pris entre deux feux.» Car c’est bien pour eux, comme pour les familles d’otages, que l’attente est la plus longue.

Mis à jour à 14 heures, avec l’entretien entre Antony Blinken et Benyamin Nétanyahou.

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