
«Tu meurs ou tu survis, selon ta chance» : dans la Syrie libre, les fantômes de l’Assadisme
Abdel Rahman, dans son petit baraquement d’une ruelle mal éclairée d’Alep, n’a guère envie d’ouvrir la porte. «Quelqu’un veut parler à un membre de la famille Jaajoul !» crie une volée de gosses en courant prévenir la maison, sans qu’aucun adulte ne se presse. La famille vit sur le qui-vive, jette sur les inconnus des regards soupçonneux. Les sourcils froncés d’Abdel Rahman prolongent cette méfiance quand il finit par apparaître dans l’entrebâillement de la porte ; plus encore quand il entend prononcer son nom. Car Abdel Rahman Jaajoul était aussi celui que portait son cousin, mort à la fin de l’été «sous la torture, précise-t-il, et je suis le seul de la famille, je pense, qui vous racontera cette affaire». C’est ainsi qu’il s’épanche, installé sur une petite banquette cachée derrière une palissade pour éviter les regards indiscrets.
«Mon cousin, Abd al-Rahman, avait rejoint en 2017 l’Armée syrienne libre, commence-t-il. Quand la situation est devenue trop difficile ici, il a filé avec ses parent