Il est désormais interdit de séjour aux Etats-Unis pour avoir osé imposer la régulation des géants de la tech en Europe, alors qu’il était commissaire européen chargé du marché intérieur, de l’industrie et du numérique. Thierry Breton a appelé les pays de l’Union européenne (UE) à se «réarmer», lors d’une interview sur RTL mardi matin. Il assure que l’UE est entourée «d’empires, de prédateurs qui ne nous veulent pas du bien». «Nous sommes 450 millions de citoyens», a-t-il rappelé, «alors vite il s’agit désormais, je le dis simplement mais fermement, d’augmenter nos capacités de productions de défense, oui, je le dis, de nous réarmer.»
Thierry Breton pointe trois «empires» : la Russie, en conflit armé avec l’Ukraine, mais aussi la Chine, bien que l’opposition ne soit pas militaire mais «dans une logique de prédation industrielle», et les Etats-Unis, qui ont annoncé mardi 23 décembre son interdiction de séjour.
Cette interdiction visait cinq personnalités européennes engagées pour une stricte régulation de la tech, dont l’ex-commissaire de 2019 à 2024, chargé notamment du numérique. Thierry Breton disposait ainsi de larges compétences en particulier sur les dossiers numériques et industriels, et a porté le règlement sur les services numériques (DSA) qui impose aux plateformes de la tech de signaler leurs contenus problématiques.
«Censure»
Les États-Unis considèrent le mécanisme de signalement comme une atteinte à la liberté d’expression, et qualifient les agissements de Thierry Breton de «censure» au détriment des intérêts américains. Le président des Etats-Unis, Donald Trump mène une offensive d’envergure visant les règles de l’Union européenne sur la tech, qui représentent de fait de l’arsenal juridique le plus puissant au monde pour réguler le numérique.
«Un vent de maccarthysme souffle-t-il à nouveau ?», s’était interrogé le Français dans la foulée de sa sanction, en référence à la chasse aux sorcières anticommuniste menée par le sénateur américain Joseph McCarthy dans les années 1950.
Thierry Breton a été soutenu par le nouveau commissaire européen français, Stéphane Séjourné, et par le chef de la diplomatie française, Jean-Noël Barrot. «Aucune sanction ne fera taire la souveraineté des peuples européens», avait réagi Stéphane Séjourné, félicitant l’action de son prédécesseur pour «l’intérêt général européen». «Les peuples de l’Europe sont libres et souverains et ne sauraient se faire imposer par d’autres les règles s’appliquant à leur espace numérique», avait répondu de son côté le ministre des Affaires étrangères.
Le DSA a été adopté en 2022, à l’unanimité des pays membres de l’Union européenne.




