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Ordination des femmes, mariage homosexuel, violences sexuelles... Léon XIV ne va rien bousculer

Dans sa première interview publiée depuis son élection au Vatican, le pape annonce un mandat de stabilité doctrinale face aux défis d’une Eglise aux courants divergents.

Le Pape Léon XIV devant la Basilique Saint Paul, à Rome, le 14 septembre 2025. (Filippo Monteforte/AFP)
Publié le 18/09/2025 à 14h23

«Je pense que l’enseignement de l’Eglise restera tel quel.» Le pape élu il y a quatre mois à la tête du Vatican a annoncé la couleur de son mandat dans un entretien publié dans le livre intitulé Léon XIV, citoyen du monde, missionnaire du XXIe siècle, qui paraît en espagnol au Pérou - pays où le dirigeant a été missionnaire treize années durant - jeudi 18 septembre.

Une première interview pour le successeur du pape François, mort en avril, dans laquelle il souhaite rassurer une partie des fidèles catholiques, notamment la frange conservatrice, qui avait été bousculée par la méthode de son prédécesseur.

Les violences sexuelles ne seront pas «la priorité de l’Eglise»

En premier lieu sur le sujet de la pédocriminalité et des violences sexuelles dans l’Eglise, où ses propos ne semblent pas prévoir de virage sur le fond. Interrogé sur la lutte contre les violences sexuelles par des clercs, Léon XIV affirme dans l’interview que l’Eglise doit continuer d’accompagner les victimes avec «une compassion authentique et profonde». Tout en mesurant ses propos : la question des violences sexuelles ne peut pas selon lui «devenir la priorité de l’Eglise».

Et citant le chiffre de 10 % de «cas avérés de fausses accusations», il dit vouloir «protéger les prêtres, ou l’accusé, et respecter leurs droits». Priorité à la protection des membres du clergé, alors même que plusieurs associations ont critiqué la protection de l’institution au détriment des victimes. Elles avaient d’ailleurs reproché au pape François de ne pas être allé assez loin malgré ses nombreuses mesures, comme la levée du secret pontifical ou l’obligation de signalement.

Un discours qui peut être interprété comme un message à une partie conservatrice des fidèles, attachés à la tradition, là où son prédécesseur François insistait sur la nécessité d’ouverture.

L’accueil de «tous, tous, tous»

Pourtant, cet entretien de près de trois heures avec l’autrice américaine Elise Ann Allen réalisé en juillet détaille sa volonté d’ouverture de l’Eglise, notamment sur la place des femmes et les personnes LGBT +. Concernant la possibilité d’ordonner des femmes diacres, question qui avait été débattue par une assemblée internationale en 2023 et 2024, le pape confie ne «pas avoir l’intention de modifier l’enseignement de l’Eglise sur le sujet» à court terme. Comprendre, laisser la porte fermée. Il précise pourtant vouloir «poursuivre sur la voie» de son prédécesseur argentin en «nommant des femmes à des postes de direction à différents niveaux de la vie de l’Eglise».

Sur la question «très sensible» et «polarisante» de l’accueil des fidèles LGBT+ au sein de l’institution, Léon XIV répond s’aligner sur l’accueil de «tous, tous, tous». Une position prônée par son prédécesseur qui avait multiplié les gestes d’ouverture envers les divorcés remariés et les fidèles LGBT +. Fin 2023, il avait autorisé les bénédictions de couples de même sexe, décision qui avait provoqué une levée de boucliers dans le camp conservateur, notamment en Afrique et aux Etats-Unis. Deux ans plus tard, Léon XIV garde la ligne tracée par François, en réfutant toutefois tout changement doctrinal, comme la reconnaissance du mariage homosexuel.

Le pape de 70 ans souligne ne pas vouloir «encourager la polarisation au sein de l’Eglise». «Tout le monde est invité, mais je n’invite pas une personne en raison de son identité particulière», insiste-t-il. Avant de renouveler son soutien à «la famille traditionnelle» enseignée par le catéchisme catholique : «le père, la mère et les enfants», dont «le rôle, qui a parfois souffert ces dernières décennies, doit être à nouveau reconnu et renforcé».

Début septembre, Léon XIV a reçu en audience privée le prêtre américain James Martin, l’un des principaux avocats des fidèles homosexuels dans l’Eglise catholique, sans évoquer publiquement les quelque 1 400 catholiques LGBT + venus récemment en pèlerinage dans le cadre du Jubilé, l’«Année Sainte» de l’Eglise.

Il adresse également un message à ses fidèles sur le plan économique. S’inquiétant de l’écart croissant entre les niveaux de revenus, il regrette de voir le milliardaire américain Elon Musk sur le point de devenir le premier au monde à posséder 1 000 milliards de dollars : «Si c’est la seule chose qui a de la valeur désormais, nous sommes en grande difficulté».

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