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Caraïbes

Sous la pression militaire grandissante des Etats-Unis, la Colombie bombarde les guérilleros

Au total, 28 membres de groupes armés illégaux ont été tués lors de deux frappes cette semaine, dans le cadre de la lutte contre le trafic de drogue de l’armée colombienne. Jugée insuffisante par les Etats-Unis, qui poursuivent leur déploiement militaire dans les Caraïbes.

Le président colombien, Gustavo Petro, et son homologue américain, Donald Trump. (A. Ariza - B. Smialowski/AFP)
Publié le 15/11/2025 à 10h46

«Il n’y a pas besoin de tuer qui que ce soit.» En septembre, le président colombien, Gustavo Petro, s’était fâché très fort contre Washington après une série de frappes aériennes visant, selon les Etats-Unis, des groupes armés illégaux impliqués dans le trafic de cocaïne. Ces opérations, contre des embarcations en mer notamment, accusait Petro, équivalaient à un «acte de tyrannie» en dehors des clous du droit international.

Deux mois plus tard, le ton et les actes ont radicalement changé côté colombien. La pression américaine sur Bogotá pour lutter contre le narcotrafic ne faiblissant pas, l’armée a procédé à plusieurs bombardements cette semaine, près de la frontière avec le Venezuela et en Amazonie. Bilan humain : 28 guérilleros tués au total, membres de groupes dissidents de la guérilla dissoute des Forces armées révolutionnaires de Colombie (Farc). Le tout sur fond de vaste déploiement militaire américain dans les Caraïbes.

Ce samedi 15 novembre, le Bureau du Défenseur du peuple colombien (ombudsman) a fait état samedi de la mort de six mineurs lors des frappes dans le département de forêts du Guaviare (sud), en Amazonie. Dans un message audio envoyé à la presse, la Défenseure du peuple, Iris Marín, a fait état «du décès de six mineurs qui avaient été victimes de recrutement forcé».

Pour la Colombie, il s’agit de l’opération la plus meurtrière de ce type menée depuis le début du mandat de Petro en 2022. Le président de gauche, lui-même un ancien guérillero, est sous le coup de sanctions américaines pour son inaction présumée face aux cartels de la drogue opérant en Colombie grâce à l’argent de la cocaïne.

Jusqu’en septembre, Bogotá était considéré comme un des 20 partenaires antidrogue de Washington, ce qui lui permettait de prétendre à d’importants versements financiers. Mais les Etats-Unis ont retiré à la Colombie son statut de pays allié dans la lutte contre le narcotrafic, estimant que le gouvernement n’en faisait pas assez pour freiner la production de cocaïne.

Donald Trump a même qualifié son homologue colombien de «baron de la drogue», une nouvelle escalade dans leurs relations déjà tendues. Petro, lui, juge l’administration Trump responsable de ne pas mettre fin à la consommation de drogue aux Etats-Unis. En octobre, il a rappelé son ambassadeur aux Etats-Unis, dénonçant une «menace d’invasion ou d’action terrestre ou militaire».

Au moins 80 morts depuis septembre

Le ministère de la Défense colombien a fait valoir vendredi que les Etats-Unis avaient participé à des bombardements de groupes armés illégaux sous cette administration, sans toutefois préciser si des agents américains avaient participé aux opérations de la semaine.

Le président colombien assure que les forces de l’ordre utilisent tous les moyens possibles pour lutter contre les groupes armés mais les experts soulignent, eux, que les groupes criminels se sont renforcés en raison de son choix de négocier leur désarmement.

Mardi 11 novembre, Petro avait dans un premier temps annoncé la «suspension» du partage d’informations avec les agences de renseignement américaines jusqu’à ce que Washington mette fin aux attaques contre des navires dans les Caraïbes et le Pacifique, attaques qui ont fait au moins 80 morts depuis septembre. Mais jeudi, le gouvernement colombien annonçait revenir sur sa décision, assurant que la coopération se poursuivrait. Avant de confirmer les bombardements de la semaine.

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