Un trou dans la raquette. Ou plutôt dans la guitare : un conflit, qui oppose les membres de Sting au sujet de droits d’auteur non touchés, fait ressortir du placard un vieil accord conclu entre les membres bien avant que n’émergent les plateformes de streaming. A l’occasion d’une audience préliminaire ce mercredi 14 janvier, la justice britannique a ouvert le dossier The Police.
Une plainte a été déposée au sein du groupe qui a signé cinq albums entre 1978 et 1983, avant de se séparer l’année suivante puis de se reformer en 2007 pour une tournée mondiale d’un an. L’action en justice vise Sting et est à l’initiative des deux autres membres. Ils estiment n’avoir pas reçu leur juste part de droits d’auteur, autrement appelés royalties, sur leurs chansons écoutées en ligne. Un manque à gagner que le guitariste Andy Summers et le batteur Stewart Copeland évaluent à «plus de deux millions de dollars», selon leur plainte consultée par l’AFP et déposée fin 2024 devant la Haute Cour de Londres. Les audiences préliminaires de mercredi et jeudi ne constituent pas le procès en tant que tel et aucun membre du groupe n’est présent.
Relations conflictuelles
Les plaignants se fondent sur un accord qui a presque 50 ans, stipulant que chaque membre du groupe touche, en tant qu’arrangeur, 15 % des royalties engendrées par les compositions des autres. Sting, le bassiste et chanteur du trio, et auteur des tubes «Roxanne» et «Message in a Bottle», perçoit de loin la plus grande part des droits d’auteur du groupe. En 2022, il a vendu son catalogue de chansons — qui regroupe ses tubes en solo et de The Police — à Universal pour un montant estimé à 250 millions de dollars par les médias américains.
L’accord initial permet toutefois de reconnaître l’apport parfois déterminant des deux autres membres, comme les arpèges de guitare d’Andy Summers sur «Every Breath You Take», le titre le plus connu.
L’entente entre les trois musiciens a d’abord été conclue oralement en 1977, formalisée par écrit en 1981, puis rappelée en 1997, mais de manière imprécise, à une époque où le streaming musical n’existait pas. Elle a été réitérée en 2016 dans un accord destiné à régler l’ensemble des litiges financiers entre les membres du groupe — aux relations conflictuelles —, sans que le terme «streaming» ne soit explicitement mentionné.
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Le litige porte sur la qualification des recettes issues de services comme Spotify, Deezer ou Apple Music aux fins de la répartition des royalties. Les revenus du streaming sont traditionnellement répartis entre les droits dits «mécaniques», perçus pour chaque reproduction d’une composition, comme les disques, et les droits dits «de performance», versés pour la diffusion des chansons, par exemple à la radio.
Or, seuls les droits «mécaniques» figurent dans l’accord de 2016, ce qu’Andy Summers et Stewart Copeland jugent contraire à l’esprit initial de l’accord de 1977. Ils réclament leur part sur l’ensemble des revenus du streaming, qui comprend l’autre type de droits.
Les représentants du chanteur britannique dénoncent, quant à eux, une «tentative illégitime» de réinterprétation de l’accord et estiment même que certaines sommes versées pourraient constituer un «trop-perçu».




