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De Zemmour à De Villiers, les «ni-ni» de la droite

Les partisans d’une «vraie droite», qui reprochent à LR son centrisme et au FN sa ligne économique, rêvent d’incarner une alternative.

Eric Zemmour. Photo Edouard Caupeil. Libération
Publié le 29/03/2016 à 20h43

Ni FN ni LR : à un an de la présidentielle, la perspective d'ouvrir une troisième voie à droite suscite bien des vocations. A l'ombre des deux géants clapote un marais parfois désigné comme «droite hors les murs» : là voisinent Robert Ménard, Eric Zemmour, Patrick Buisson, Aymeric Chauprade ou encore Philippe de Villiers, fort du succès de son ouvrage Le moment est venu de dire ce que j'ai vu (près de 200 000 exemplaires). Alliant libéralisme économique et réponses musclées aux questions migratoires et identitaires, la mouvance reproche à LR son «centrisme» rampant. Sans pour autant rallier le Front national, dont elle dénonce la ligne économique «de gauche», la tiédeur sur les questions sociétales et l'«obsession» de la sortie de l'euro. A l'image d'un Zemmour, elle peut même déborder le FN sur sa droite en prônant «l'inversion des flux migratoires», soit le retour au pays de tout ou partie des immigrés, voire de leurs descendants.

Pour cette «droite hors les murs», le meilleur espoir serait une victoire d'Alain Juppé à la primaire de la droite. Etiqueté «modéré», le maire de Bordeaux laisserait, calcule-t-on, un boulevard à la «vraie droite». «Il y a un grand nombre de gens que Juppé ne représentera jamais, et tout un tas de gens qui n'iront jamais voir Marine Le Pen, explique Philippe de Villiers à l'AFP. Celui qui va faire un carton, c'est celui qui osera dire les choses, mais pour l'instant j'en vois aucun.» Au-delà d'un potentiel électoral incertain, la principale faiblesse de ce milieu est l'absence d'un leader évident, capable de fédérer d'ici à la présidentielle des initiatives encore éparses. Idole de la mouvance, Philippe de Villiers n'a rien laissé filtrer quant à une éventuelle candidature en 2017. «Il y a dans ce courant des personnalités de qualité, mais aussi beaucoup de bavardages et de plans sur la comète, juge l'un de ces acteurs. En plus d'être hors les murs, ils sont un peu hors des réalités.»

C'est pour débloquer la situation que le maire de Béziers, Ménard, organisera fin mai un colloque de trois jours dans sa ville. «L'idée, c'est de voir ce qu'il y a de commun dans les droites, et de dégager un programme de salut public en 50 ou 70 propositions», explique l'édile, «réactionnaire» revendiqué. Une feuille de route dont il espère qu'elle précipitera la naissance d'un «Podemos de droite» pour «faire exploser les vieilles structures». Alors que certains responsables du FN confient en privé ne plus croire à une victoire en 2017, le maire de Béziers refuse l'idée que son camp devrait préparer le coup d'après : «Le sous-titre de notre réunion pourrait être : "Parce que nous ne voulons pas attendre 2022".»

Côté FN, l'événement a peu de chances d'être vu comme un geste amical. Elu en 2014 avec le soutien du parti, Ménard cache de moins en moins ses réserves vis-à-vis de la ligne mariniste. «Quand Florian Philippot dit qu'on va quitter l'UE en six mois, qui peut le croire ? Même pas lui, assure-t-il. Et quand il qualifie la loi El Khomri d'infâme, c'est un vocabulaire de cégétiste.» Le maire de Béziers n'a pas encore digéré le séminaire organisé en février par le FN pour faire le point sur sa stratégie : «On a eu six heures de débats face à une direction qui ne voulait rien entendre, ou n'entendre qu'elle-même. J'ai compris que peser de l'intérieur relève de la mission impossible.» Place donc à un rapport de force entre le «ni droite ni gauche» et les partisans d'un ancrage (très) à droite. Reste à savoir si ces derniers choisiront la stratégie de l'influence ou celle de la concurrence.

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