Pour Jérôme Fourquet, directeur du département Opinion et stratégies d'entreprise à l'Ifop, «il n'y a plus d'obstacles à un rapprochement des sympathisants LR et FN sur les sujets identitaires et régaliens».
Existe-t-il un espace électoral pour cette droite «hors les murs», identitaire et anti-étatiste ?
Il s'agit à mon sens d'une véritable sensibilité dans laquelle peut se reconnaître un certain électorat. Mais celui-ci se trouve aujourd'hui dispersé sur l'échiquier politique, entre le Front national, Les Républicains et peut-être Debout la France, le parti de Nicolas Dupont-Aignan. Voyez le succès du Suicide français, l'ouvrage d'Eric Zemmour : c'est 400 000 ventes et des salles pleines, pour celui que l'on peut voir comme «l'intellectuel organique» de cette mouvance. Un phénomène similaire s'est produit autour du dernier ouvrage de Philippe de Villiers. Maintenant, l'objectif de cette mouvance est de se structurer électoralement. C'est sans doute la partie la plus difficile.
Qui pourrait incarner cet espace ?
La personne qui correspond à l'état pur à «l'esprit de Béziers», c'est Marion Maréchal-Le Pen. Entre la députée, qui est beaucoup moins «socialisante» que Florian Philippot ou Marine Le Pen, et des cadres LR tels que Thierry Mariani, Guillaume Peltier ou Laurent Wauquiez, il y a la possibilité d'un espace commun.
Une fusion est-elle en cours entre les électorats FN et LR ?
Je pense qu’une partie significative de l’électorat LR peut se reconnaître dans une ligne «nationale et conservatrice». Peut-être même une majorité, en retenant l’idée moins exigeante d’une droite «décomplexée». En clair, sur les sujets identitaires et régaliens, il n’y a pas d’obstacle insurmontable à un rapprochement des sympathisants LR et FN. Il n’y a pas de frontière, simplement une différence de degrés. Le désaccord est ailleurs, sur les questions liées à la «bonne gestion», aux comptes publics, au libéralisme économique. Dans un meeting LR, une partie de la salle serait sans doute d’accord avec les slogans du FN, mais elle dira qu’il est tout aussi important de maîtriser les finances de l’Etat, de réduire les charges des entreprises, de baisser le nombre de fonctionnaires.
La stratégie «ni droite, ni gauche» du FN est-elle payante ?
Le FN a obtenu 28 % des voix au premier tour des régionales,ce qui est considérable. Il a bien mené sa barque et arrive encore à gérer les contradictions internes de son électorat. Mais à mon avis, on n’est pas loin du haut de la jauge. Ce parti aura du mal, seul, à atteindre les 50 % au second tour. Pour franchir cette marche, la solution est sans doute de provoquer une recomposition politique, en détachant de LR une partie de cette «droite hors les murs». Ce qui implique de mettre un bémol sur la dimension étatiste du discours FN. Une autre possibilité serait que cette recomposition ait lieu à l’extérieur des partis existants, dans une nouvelle organisation dont les prémices seraient posées à Béziers.




