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Dupont-Aignan cherche amoureux au Cirque d'hiver

L'ancien candidat de Debout la France, réélu député de l'Essonne en juin, faisait sa rentrée politique ce dimanche à Paris, quatre mois après son alliance avec Marine Le Pen au soir du premier tour de la présidentielle.

A l'université de rentrée de Debout la France, au Cirque d'hiver Bouglione, ce dimanche. (Photo Marc Chaumeil pour Libération)
ParTristan Berteloot
photos Marc Chaumeil
Publié le 17/09/2017 à 18h48

Aux abords du Cirque d’hiver, ce dimanche matin à Paris, on trouve encore quelques vestiges de la dernière séquence électorale. Il y a deux tags au sol tracés à la peinture blanche à l’aide d’un pochoir, pas encore effacés par le temps. On peut y lire «Dupont-Aignan président». Et sur l’un d’eux, un plaisantin a barré au marqueur noir le mot «président», pour le remplacer par trois lettres énigmatiques : «FDP».

Au bistrot du coin, un couple aux allures de militants de droite s'enfile quelques croissants avec son café. Soudain, le serveur fout la musique à fond, car la radio crache du Sardou, Ne m'appelez plus jamais France. Il se marre : «J'adapte ma musique à la clientèle.»

Ce dimanche matin, à Paris, Nicolas Dupont-Aignan fait sa rentrée politique au Cirque d'hiver. Il y a là environ 150 personnes, des sympathisants, quelques cadres ou responsables locaux, des curieux, l'ancien chef du Front national de la jeunesse, Julien Rochedy, l'ancien candidat du Parti chrétien-démocrate à la présidentielle, Jean-Frédéric Poisson, la «lanceuse d'alerte» Stéphanie Gibaud… Tout le monde réuni dans une salle pourtant pas baptisée pour l'occasion : le Théâtre de la ménagerie. Quelques journalistes sont présents, mais pas beaucoup et pas ceux de Quotidien, l'émission de TMC présentée par Yann Barthès, car les «propagandistes» ont été «refoulés à l'entrée», balance au micro le porte-parole de Debout la France (DFL) pour chauffer la salle.

«222 cartes renvoyées»

Le Cirque d'hiver, c'est là où Dupont-Aignan avait prononcé son dernier discours de campagne, le 19 avril. Son «dernier avant le premier tour», avait-il alors promis, comme si d'autres allaient suivre. Ce qui n'est pas arrivé puisque, finalement, Nicolas Dupont-Aignan ne l'a pas passé, le premier tour. Il n'a fait que 4,7% des voix. Un score honorable, mais pas top ; ça représente un peu moins de 2 millions d'électeurs, insuffisant pour se qualifier mais assez pour espérer peser un peu sur le résultat final au soir du 7 mai. Ce que Nicolas Dupont-Aignan a essayé de faire à l'époque, en apportant son soutien à l'un des finalistes, en l'occurrence Marine Le Pen.

La chose, plusieurs fois envisagée du côté de DLF pendant la campagne, s’était faite entre les deux tours, à la faveur de deux dîners organisés par un ami commun. Dupont-Aignan ayant négocié un poste de Premier ministre en cas de victoire de Le Pen et un fléchissement de la candidate frontiste sur quelques points de son programme.

Mais «l'alliance de gouvernement» (dixit Dupont-Aignan) n'a pas plu à un certain nombre des cadres de Debout la France : quatre de ses vice-présidents se sont barrés illico, ainsi que le secrétaire général Jean-Pierre Antoni, et pas mal de militants. «On a eu 222 cartes renvoyées» depuis, nous apprend Nicolas Dupont-Aignan, avant d'enchaîner : «Mais aussi 2 500 nouveaux adhérents.»

 «Je n’ai pas l’âme d’un Ponce Pilate»

A croire le chef de Debout la France, son geste «historique» aurait été compris par certains comme «une démarche d'indépendance», et que «je suis un être libre», et que «je ne suis pas un alibi mais un vrai patriote», et que DLF «ne sera jamais l'UDI du Front national». Mais pour ceux «qui ont cru que j'allais devenir marié avec le FN» – ajoutons ceux à qui la ligne «ni système ni extrême» de Dupont-Aignan voulait dire quelque chose –, le député de l'Essonne est quand même venu s'expliquer.

En résumé : «Debout la France est passée de l'enfance politique à l'âge adulte» et il assure avoir «brisé un tabou». Mais aussi : «On nous a insultés, menacé, intimidé, la bien-pensance a montré son vrai visage d'intolérance et de haine. Moi j'ai pris mes responsabilités, pour ne pas laisser orphelins les millions d'électeurs qui plaçaient leurs espoirs dans le camp national». Puis : «Quand il est question du sort de la France, je n'ai pas l'âme d'un Ponce Pilate.»

Photo Marc Chaumeil pour Libération

Dans la salle, Marie-Josée et Chantal, 67 et 61 ans. Les deux sœurs, l'une retraitée, l'autre salariée dans une maison de luxe, n'ont pas voté au second tour de la présidentielle, malgré l'appel de leur champion. Elles font un peu la moue quand on leur parle de l'alliance avec le Front national. «J'étais contre, dit Chantal, mais pour s'opposer à Macron, il n'avait pas le choix.» Mais elle considère encore que Nicolas Dupont-Aignan est un vrai «gaulliste» : «C'est une évidence, c'est le plus gaulliste, c'est monsieur propre.» «Tendre la main à Marine Le Pen, c'est pas bien», ajoute quand même Marie-Josée, «il peut se débrouiller tout seul».

Se «débrouiller tout seul»… n'en déplaise à Marie-Josée, ça n'a pas l'air d'être l'objectif de Nicolas Dupont-Aignan en cette rentrée politique. Ce dimanche, au Cirque d'hiver, l'ancien candidat à la présidentielle est aussi venu avec un message aux autres partis politiques : «L'union fait la force, faisons en sorte que l'union fasse la France.» L'homme politique veut croire en une grande alliance, non pas de «la droite» mais des «patriotes», tous bords confondus (mais surtout à droite). Car «Les Républicains, du moins ceux qui croient encore en l'indépendance de la France, ne peuvent pas gagner seuls» // «Debout la France ne pourra pas gagner seul» et «le Front national ne gagnera pas seul».

De fait, Nicolas Dupont-Aignan annonce une «grande consultation» et le lancement d'une plateforme internet pour demander aux Français de proposer leurs idées et d'écrire un «programme commun». Un peu à la manière de desirsdavenir.org, site de précampagne de Ségolène Royal en 2007 (un cuisant échec). Et Dupont-Aignan aimerait bien que le Parti chrétien-démocrate, le FN et LR participent. Le site sortira le 25 octobre, s'appellera «les Amoureux de la France» (.fr). Et non pas «front des patriotes».

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