INTOX. «Je veux remettre en place une des seules mesures de Nicolas Sarkozy qui trouvent grâce à mes yeux, c'est les heures supplémentaires défiscalisées», a affirmé Marine Le Pen, mardi sur RMC. Le 11 décembre déjà, la présidente du FN avait fait cette même proposition.
Alors que Manuel Valls, autre partisan du retour en grâce de la mesure sarkozyste (après l'avoir combattue), fait l'objet d'un procès en inconstance sur le sujet, le FN affirme, lui, n'avoir jamais changé d'avis sur le sujet. Sur i-Télé, mardi, le secrétaire général du Front national, Nicolas Bay, était formel : «[Le FN] a toujours reconnu que la défiscalisation des heures supplémentaires était une bonne mesure.»
DÉSINTOX. Toujours ? A bien regarder le projet de Marine Le Pen en 2012 concernant la fiscalité, on ne trouve a priori aucune mesure qui vise à supprimer la défiscalisation des heures supplémentaires, mise en place pendant le quinquennat de Nicolas Sarkozy.
A priori parce que quand on remonte dans le temps (grâce au formidable outil «Wayback Machine»), on s'aperçoit qu'une version antérieure du projet de Marine Le Pen fustigeait les niches sur les heures supplémentaires, jugées «totalement inadaptées à la situation de chômage de masse que subissent les Français» et estimait qu'elles devaient donc «être abrogées». Un passage qui a été caviardé depuis, et ce en pleine campagne électorale, en janvier 2012, sans autre forme de procès.
Le projet de Marine Le Pen avant et après caviardage de la proposition sur les heures supplémentaires. (Captures d'écran)
L’économiste mystère du FN
La mesure avait pourtant été présentée dans le cadre d'une conférence de presse animée par Marine Le Pen en avril 2011 sur «les grandes lignes de son projet pour la présidentielle de 2012». Le tout sur une péniche, à l'abri des «photographes et caméramen, bannis de ce rendez-vous». Dans le compte rendu qu'en faisait le Figaro, on pouvait bien lire que «le FN ne supprimera pas les 35 heures mais abrogera la défiscalisation des heures supplémentaires».
A noter que le programme était «décliné par François, un "économiste dans une institution financière privée" qui n'a pas voulu décliner son identité», précisait le Figaro. Mais l'économiste mystère est depuis sorti de l'ombre : il s'agissait en fait de Florian Philippot, inconnu et sous pseudonyme à l'époque.
Depuis ce moment et jusqu'aux déclarations de Nicolas Bay et de Marine Le Pen mardi, la seule fois où le FN a défendu la défiscalisation des heures supplémentaires, il s'est ensuite rétracté. Deux cadres du parti d'extrême droite, David Rachline et Stéphane Ravier, avaient ainsi proposé des amendements d'inspiration libérale à la loi travail, rapportait Public Sénat. Parmi ces amendements, on trouvait le rétablissement de la défiscalisation des heures supplémentaires. Mais tous les amendements avaient été retirés à la dernière minute, sur ordre de la direction du Front national, selon une source interne citée par l'AFP.
Il n’est pas interdit de changer d’avis en politique. Mais c’est toujours mieux de la reconnaître.




