«Le parfum ample, chaud, vivifiant du piment moulu se répand dans l’espace. L’antenne de nos sens le capte et l’incorpore à tout notre être. Une rafale vitale s’empare de nous. Une jubilation spirituelle, réflexive et tue, nous fait percevoir les choses avec un sourire de sympathie bienfaitrice. Tel est le pouvoir de l’arôme du pimentón !» En 1940, alors même que l’Espagne panse les plaies fraîches de sa guerre civile, le journaliste du quotidien conservateur ABC Manuel Pérez Buendía y va de son dithyrambe autour d’un piment à nul autre pareil : le pimentón de la Vera, un condiment obtenu du piment rouge moulu, dans la Vera, donc, région d’à peine 900 km², 25 000 habitants tout au plus, qui s’accroche aux flancs de la Sierra de Gredos, en Estrémadure.
De la Vera, et pas d’ailleurs : «On trouve des piments moulus à d’autres endroits, à commencer par Murcie, dans le sud de l’Espagne. Mais celui de la Vera, c’est le seul piment fumé au monde», s’enthousiasme Bonifacio Sánchez, un ingénieur agronome du coin, un des acteurs clés de la reconnaissance de ce fruit de la famille des solanacées. Crâne dégarni et allure posée, «Boni» a bataillé une bonne partie de sa vie pour que le pimentón de la Vera obtienne le label d’appellation d’origine protégée. Ce fut fait en 1991. Depuis, timidement, mais sûrement, l’aliment au goût si fort, presque entêtant, se répand et s’exporte désormais à travers le monde.
Plantée au beau milieu de la Vera, la ville de Ja




