Il est à peine 8 heures que déjà Tinos suffoque. Une lumière crue inonde celle qu’on surnomme l’île d’Eole, connue pour son meltem, puissant vent septentrional des Cyclades qui rafraîchit les chaudes journées, façonne les arbres à l’horizontale et secoue les deux-roues téméraires. De mémoire d’anciens, on n’avait jamais vu ça, un été sans brise. Sous une chaleur de plomb, les chèvres hébétées errent en quête d’ombre, les chats sauvages tirent la langue, les brebis bêlent dans les collines comme des enfants perdus. De la boulangerie au troquet du coin, où les hommes sirotent leur freddo (café frappé), les écrans télé bouclent sur les images des incendies d’Eubée et du Péloponnèse. «La pire canicule depuis 1987», selon le Premier ministre, Kyriákos Mitsotákis, et l’été le plus chaud jamais enregistré en Europe, d’après une étude de Copernicus, le service européen de surveillance du changement climatique.
Dans les vignes, non loin du village immaculé de Falatados, le soleil a brûlé le raisin. Ici, habituellement, les vendanges débutent à la mi-septembre. Cette année, elles ont commencé fin août dans ce coin du nord-est de l’île, abritant de précieuses parcelles. Jusqu’à fin septembre, le propriétaire du domaine de Kalathas, Jérôme Binda, son fils Gabriel et une dizaine de renforts, ont bossé à mains nues, courbés en deux, au cœur des chardons et des vignes rampantes. Il faut faire attention aux serpents, dont la légende insulaire veut que Poséidon les ait ch




