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Interview

«L’essor du discours sur l’hypersensibilité traduit un besoin de reconnaissance individuelle»

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Pour l’historien Hervé Mazurel, l’attention accrue que nous portons à nous-mêmes, mais aussi aux victimes et au vivant, témoigne d’une «revalorisation de la sensibilité» qui accompagne la psychologisation croissante de nos sociétés.

«Autrefois dévalorisées, vues comme une impasse de la pensée, du langage et de l’action, les émotions bénéficient d’une reconnaissance sociale nouvelle.» (janiecbros/Getty Images. iStockphoto)
Par
Nathan Gombert
Publié le 15/01/2026 à 8h39

Longtemps marginale, la notion d’«hypersensibilité» s’est imposée ces dernières années, et est de plus en plus revendiquée par des patients et sur les réseaux sociaux. Psychologisation, abaissement des seuils de tolérance, attention accrue aux victimes et au vivant : Hervé Mazurel, historien des sensibilités, décrypte ce que l’hypersensibilité dit de nos sociétés contemporaines.

En tant qu’historien, comment abordez-vous la notion d’«hypersensibilité» ?

Ce n’est pas un concept dont les historiens font usage. Ne serait-ce que parce qu’il suppose une sorte de jugement de valeur. Parler d’hypersensibilité sous-entend que nous sommes trop sensibles. En revanche, ce qui intéresse l’historienne ou l’historien, c’est la circulation grandissante de cette notion, forgée par la psychologue américaine Elaine Aron en 1997, et l’inquiétude qu’elle cristallise aujourd’hui. L’essor du discours sur l’hypersensibilité, notamment chez les enfants dits «hautement sensibles», dit quelque chose de fondamental sur nos sociétés et sur un besoin accru de reconnai

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