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Chronique «C'est reparty»

Lucile Lefebvre : «L’histoire d’une nuit, c’est d’aller d’un point A à un point X»

Organisateurs, DJ, gérants d’établissements, noctambules, observateurs… Chaque mercredi, «Libé» donne la parole à celles et ceux qui vivent pour et par la nuit. Aujourd’hui, la cofondatrice des Sœurs malsaines, collectif de fêtes ludiques et «safe».

Lucile Lefebvre, cofondatrice du collectif les Sœurs malsaines, à Marseille. (Carlo Garson)
Publié le 29/03/2023 à 18h06

Avec les Sœurs malsaines, mastodonte de la nuit parisienne qui s’exporte à Angers, Lyon ou Rouen, elle est à l’initiative de la «République du boobs libre», des fêtes-manifestes où les meufs ont tout autant le droit que les mecs de danser topless – et plus forcément avec cache-tétons. C’est ce que Lucile Lefebvre, 30 ans, cofondatrice avec sa sœur de ce collectif il y a dix ans, voit dans la teuf : un moyen de fédérer autour de valeurs (la bienveillance, l’inclusion) tout en célébrant la liberté des corps sur le dancefloor. Egalement DJ, sous le nom de Lady Lulu, la cheffe cuisinière dans un restaurant végan marseillais a écumé les bars de Pigalle (XVIIIe arrondissement de Paris) dans ses jeunes années d’adulte, avant de fréquenter les boîtes de nuit commerciales de la capitale version «Sean Paul, Shakira et vodka Redbull», puis d’être initiée au clubbing, «la fête, la vraie», par son meilleur ami. C’était bien avant d’en faire un grand pan de sa vie, d’enfanter un bébé qui a bien grandi, puis de quitter l’agitation parisienne pour faire guincher Marseille de manière «plus intimiste». Et d’explorer son goût pour les fêtes semi-légales, en pleine nature.

Ta définition de la nuit

«La nuit, on passe inaperçu. C’est un peu l’espace-temps où tous les rats sont gris, où l’on fait ce que l’on veut. Mais j’ai un gros problème à ce que la fête soit associée à la nuit et qu’on doive se cacher pour ça. La fête peut continuer quand le jour se lève, pour les plus anarchistes. Moi, je suis prête à me lever à 6 heures du matin pour aller en teuf, et il n’y a pas meilleure motivation pour commencer sa journée. En plus, t’es en forme.»

Ta première virée

«Quand j’étais plus jeune, je faisais la tournée des bars à Pigalle avec ma meilleure pote. J’habitais pas très loin. Pigalle, c’est la définition même de la nuit avec les néons et les sex-shops. Et ça m’a toujours fascinée. J’ai tout fait : l’Epoque et son karaoké, ou le 82 et ses after jusqu’à midi. C’est dans ces bistrots que j’ai découvert mon penchant pour la fête à rallonge. J’aime beaucoup le mouvement la nuit, le fait de bouger et de ne pas rester statique. L’histoire d’une nuit, c’est d’aller d’un point A à un point X, en passant par plein d’étapes différentes.»

Un souvenir marquant

«C’est assez récent. Je suis une Parisienne de toujours, donc je n’ai découvert les free parties en pleine nature que l’année dernière. Jusque-là j’avais fait des raves, au bois de Vincennes pendant la pandémie mais une fois, après une soirée qui s’est finie tôt à Marseille, on a pris la voiture, on a roulé quatre heures pour rejoindre une teuf en pleine montagne dans les Alpes. On est arrivés alors que le jour se levait, on s’embourbait, c’était hyper galère, mais c’était magnifique. On était quasi sobres, les gens sur place étaient, eux, dans un autre monde. J’ai eu l’impression de découvrir de nouveaux possibles que je ne connaissais pas du tout : un autre niveau sonore, un autre public et, surtout, un autre cadre de fête. C’était ouf.»

Ton look

«Un jogging, des baskets, une brassière et un manteau chaud. Il faut savoir être bien. J’en ai trop chié avec mon look quand j’étais ado, à porter des talons et être bonasse. Maintenant, je fais au plus confortable.»

Ton prochain week-end

«Le samedi, on organise notre plus gros format marseillais de teuf, au Cabaret aléatoire [club dans la Friche de la Belle-de-Mai, ndlr]. Ce sera entre la trance tribe et l’acid techno. Ce sera un gros plongeon dans les abysses de la nuit et du fun, en apnée, car la capacité du club est de 1 000 personnes, ce qui en fait la salle la plus grande de Marseille. Cette date est assez symbolique pour notre collectif. La veille, il faudra bien dormir, se coucher tôt et peut-être que je prendrais un petit coup de courage à la Mer veilleuse, un bar près du cours Julien.»

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