Menu
Libération
Commerce

«Arbitraire» et «non conforme» aux standards européens, l’écoscore sur les vêtements dénoncé devant le Conseil d’Etat

Une start-up française spécialisée dans l’évaluation de l’impact environnemental des produits a saisi le Conseil d'Etat pour demander l’annulation du déploiement de l’écoscore, lui reprochant des critères infondés scientifiquement.

Selon Glimpact, l'écoscore proposé par le gouvernement ne respecte pas les normes européennes. (artas/Getty Images. IStockphoto)
Publié le 24/11/2025 à 21h14

L’écoscore va-t-il disparaître aussi vite qu’il est arrivé ? Une entreprise spécialisée dans l’évaluation de l’impact environnemental a saisi le Conseil d’Etat pour demander l’annulation du décret instaurant l’affichage du «coût environnemental» des vêtements en France, a appris l’AFP ce lundi 24 novembre. La start-up française Glimpact, qui a déposé sa requête le 8 novembre, dénonce la méthode «arbitraire» et «non conforme» aux standards européens employée par le gouvernement français pour calculer son tout nouvel «écoscore».

Le risque de cancer écarté

Pour l’instant facultatif, l’écoscore est entré en vigueur le 1er octobre et peut être déployé par les marques de manière volontaire. Concrètement, une étiquette vient présenter le «coût environnemental» d’un vêtement, à l’image du Nutriscore sur les aliments : plus le score est élevé en «points d’impact», moins il est vertueux. Le dispositif est supposé reposer sur les seize critères de la méthode européenne PEF (Product Environmental Footprint), mais pour Glimpact, l’écoscore impose au contraire une méthodologie «profondément différente» de celle recommandée par l’Union européenne. Son président, Christophe Girardier, la qualifie ainsi d’«arbitraire sur bien des critères choisis, non fondée scientifiquement».

Glimpact regrette par exemple que la toxicité humaine et le risque de cancer ne soient pas pris en compte. A l’inverse, la start-up trouve que l’indicateur lié à l’écotoxicité des vêtements – la dangerosité pour les écosystèmes et la biodiversité – a été renforcé de manière «arbitraire et disproportionnée» jusqu’à devenir le plus important, avec celui lié à l’impact sur le changement climatique.

Autre facteur dénoncé, la prise en compte de l’export hors UE de vêtements portés en France et de l’émission de microfibres. Glimpact estime ainsi que l’écoscore oublie la durabilité physique du produit mais incorpore à l’inverse des paramètres qui «biaisent le score et nuisent à l’objectif d’information des consommateurs», à savoir le type de produit, sa masse, son prix, la taille de l’entreprise ou encore l’origine géographique.

Plus loin que la méthode européenne

Mais Glimpact ne saisit pas le Conseil d’Etat par seule inquiétude environnementale : l’entreprise propose justement une application pour les consommateurs dans le style de Yuka et un outil aux entreprises utilisant la méthode PEF. Elle se dit directement affectée par l’écoscore français : l’entreprise a constaté que certains de ses clients, comme la marque de lingerie Chantelle, ont décidé de ne plus afficher de score environnemental, estimant que l’arrivée de l’écoscore français était incompatible avec le cadre européen.

Le gouvernement, qui entend lutter contre l’ultra fast-fashion et promouvoir les productions françaises et européennes, avait au contraire expliqué aller plus loin que la méthode européenne. Cet affichage devait à l’origine être obligatoire dès 2024, mais le projet avait pris du retard. Certains professionnels du textile s’inquiétaient notamment de devoir appliquer un système rendu caduc par une législation européenne. Le caractère non contraignant est donc devenu la solution pour que le dispositif soit pérenne dans le cadre européen, l’UE souhaitant à terme développer un affichage environnemental obligatoire.

Dans la même rubrique