Il notait tout dans des carnets noirs, de plus en plus replets avec le temps. Des idées, Christian Astuguevieille, décédé vendredi 13 février à l’âge de 79 ans, en avait tant qu’elles débordaient largement le cadre de la page blanche. Le grand homme – il mesurait plus d’1 m 90 – a pris le monde feutré de la parfumerie à revers pour mieux réinventer le genre. Sous la direction de Rei Kawakubo, grand manitou et créatrice de la marque Comme des garçons, avec Adrian Joffe, président de CDG International et des magasins multimarques Dover Street Market International, Astuguevieille a créé parmi les parfums les plus iconoclastes des quarante dernières années.
Egrainer les odeurs qu’il a imaginées avec son équipe de nez, c’est raconter une histoire de la parfumerie contemporaine qui observe le quotidien pour en extirper une odeur banale et plus cérébrale qu’aucune autre : celle de la photocopieuse, du garage, du théâtre du Châtelet, l’odeur du linge ou de l’encens de Ouarzazate au Maroc, Kyoto au Japon ou Anbar en Irak, l’eau oxygénée, la teinturerie ou cette odeur tenace que laisse le vernis à ongles une fois posé. Admirateurs de jus réconfortants, passez votre chemin. Astuguevieille, lui, exigeait le pas de côté, heureux responsable de sorties de route olfactives et mémorables. «On doit s’éloigner du côté trop beau, trop parfum,




