Comme Pierre de Fermat, né à Beaumont de Lomagne en 1601, Pierre
Bergounioux, né à Brive en 1949, a du goût pour les nombres premiers. Il laisse le temps mesurer sa vie à grandes enjambées de dix-sept années. Un premier cycle en Corrèze à s'adosser aux arbres pour tenter de devenir l'un d'eux, troquer sa peau contre l'écorce, sac de chair incertaine contre sac de bois vivant et enraciné, arrimé à une éternité vaine, évidente et inaccessible, chose parmi les choses. Puis, de 17 à 34 ans, lire, seulement lire, regarder les diplômes s'amasser sur le coin de la table, lire ce que les mots disent des choses, jusqu'à ce qu'il se persuade que «ce que les livres disent n'est pas ce que les choses sont». Depuis 1983 Pierre Bergounioux écrit, un livre par an, et devrait nous conduire, nous autres pauvres lecteurs, orphelins, à la tête de dix-sept volumes un beau jour de l'an 2000, où l'auteur entrera dans un quatrième cycle qu'il ne prémédite pas.
Voici le douzième, Miette. Miette est le prénom d'une femme, un diminutif de Marie qu'il ne diminue guère. Depuis deux livres que Gallimard a retiré le mot «roman» des couvertures des ouvrages de Bergounioux, on se simplifie la lecture en supposant que tout y est vrai, et que le narrateur n'est autre que Bergounioux soi-même. Or le narrateur avoue n'avoir vu Miette que trois secondes, et quelques images qu'elle n'impressionna guère. Il dira pourtant tout ce qu'on peut dire de Miette et de ses quatre enfants nés avant la Grande Guerre, tout un




