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Libération
Critique

Maman va mourir. ""La Mort nue""

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Publié le 12/01/1995 à 0h23

Géva Caban, LA MORT NUE. Verdier, 64 pp., 64 F.

Il n'est pas certain que ce petit livre ait été fait pour qu'on le lise. Mais peut-être seulement pour être écrit. C'est un livre sans ostentation, un livre pour se dire à soi-même qu'on se souvient et qu'on se souviendra. Après, les lecteurs, on verra. Pour l'instant, on est avant, on est au moment d'écrire la première ligne: «Maman va mourir», trois mots, le premier paragraphe, et le deuxième d'un mot seul, «Maman». Point à la ligne, et dans le bas de la première page: «Peut-on être le spectateur de la mort sans mourir. Peut-on essayer d'accompagner jusqu'au bout sans aller au-delà», daté du 8 septembre, c'était un mardi, comme en 1992.

Irrégulièrement, un jour sur deux, jusqu'au 4 octobre, quelqu'un écrira pour accompagner une mère mourante, et avouer sans surprise le dernier jour: «Je n'ai rien appris de la mort», et se rappeler les derniers mots du père, bien avant: «Je vous fais seulement la route», page 61.

Reprenons. La main qui écrit la Mort nue ne dit rien d'elle, ni son nom, ni son sexe, ni son âge, elle dit la mort d'une vieille dame, sa mère, elle dit que «la mort d'une vieille dame n'est pas un scandale, pas même un malheur». Et les rares fois où elle parle d'elle, elle dit «nous», pour partager, pour atténuer, elle dit: «Nos terreurs ont été de courte durée, la douleur ne nous a martyrisés qu'un temps. Nous n'avons pas été persécutés, pourchassés, torturés. Nos enfants morts, juste nés, nous appartenaient encore»,

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