Philippe Michard, NOTRE JARDIN. POL, 128 pp., 75 F.
On traverse Notre jardin en courant, coudes aux corps, sans se retourner, comme poursuivi sous la mitraille, haletant. Et pourtant cela ne tire de nulle part, il n'est pas de havre à l'autre bout, on n'a pas pied sur l'autre rive. Ce n'est pas un jardin mais un couloir d'hôpital où les portes claquent comme des coups de feu. Des coups lents comme la maladie, la mort, l'amour, la souffrance, le plaisir, la fatigue ou l'ennui. L'écriture. On regrette d'avoir pris cet élan pour le franchir. On ne sait pas pourquoi, rien ne nous y invitait. On est maintenant de l'autre côté, provisoirement sains et saufs, fourbus, mortels, on referme le livre, on ne sait plus par quel bout le prendre pour que vous le lisiez, parce qu'il va bien falloir que vous le lisiez, ce livre, ce livre indicible sinon par lui-même.
On le reprend au début, mais ce n'est pas un début, on ne comprend plus comment ces mots des quatre premières pages, sous le titre «Chuchotements», ont pu nous happer si vigoureusement dans le livre, avec l'énergie des chariots chromés qu'on ne peut retenir vers les salles d'anesthésie, des mots savants et vulgaires, techniques et familiers, sans liens de grammaire, ponctués comme des cris: «La souffrance doit être partagée. Le bonheur doit être partagé. La quantité de souffrance. La quantité d'énergie, la quantité de jouissance. Sens. Sens... Ce devrait être ici une porte pour te parler. Rien n'est prévu que notre rencontre au




