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Libération
Critique

Le concombre démasqué

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Publié le 26/01/1995 à 23h58

En russe, Nikita Mandryka signifie «concombre masqué». Non, je

déconne. Mais tout de même, si son grand-père allemand, le commandant Alexandre von Manstein, n'avait pas été russe, Mandryka n'aurait eu aucune raison de naître à Bizerte, en Tunisie, et en 1940. Suivez-moi bien: en 1918, le commandant von Manstein était russe depuis sept ou huit générations (depuis ce temps où la Grande Catherine se plaisait à faire venir en Russie des Occidentaux supposés cultivés pour se reposer de son imbécile de Pierre III de mari), il était officier de la marine du tsar et n'entendait pas laisser son bâtiment, mouillé à Odessa, entre les mains des Rouges. La flotte de la mer Noire demande alors un havre à la France, et l'asile politique, on leur octroie Bizerte que l'on croyait alors français. Alexandre von Manstein a les yeux légèrement bridés en souvenir d'un temps où les Allemands fréquentaient les Mongols entre Oural et Volga, il débarque à Bizerte sans un mot de français ni d'arabe dans la bouche, avec plusieurs centaines de marins russes, sa femme et ses trois filles, dont la jeune Olga, ils fondent une petite communauté slave sur le détroit de Sicile. Nous y voilà. Or donc le commandant devient chef de chantier, Olga grandit et s'en va faire des études de médecine à Lyon.

Pendant ce temps... dans la capitale des Gaules, un jeune homme parlant le russe fait lui aussi des études de médecine. Russe blanc, un peu géorgien par sa grand-mère (une Kavtaradzé), il s'appelle Nicolas Mandryka.

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