Renée Poznanski, ETRE JUIF EN FRANCE PENDANT LA SECONDE GUERRE
MONDIALE. Hachette, «La vie quotidienne», 859 pp., 95 F.
Le drame de la déportation a contribué à occulter le quotidien souvent tragique des populations juives confrontées à l'occupation allemande. Dans un copieux volume nourri aux meilleures sources, archives privées notamment, Renée Poznanski s'emploie à combler cette lacune. Refusant d'étudier les politiques antisémites conduites par l'Allemagne et son complice vichyste, elle propose une vision plus prosaïque et tente de voir comment les Juifs de France ont pu vivre ou survivre durant les années sombres.
La plus grande hétérogénéité caractérise une communauté qui compte quelque trois millions d'âmes. Aux israélites de longue date enracinés s'opposent en effet les populations fraîchement débarquées de Pologne ou de Russie, parfois misérables, souvent militantes et volontiers prêtes à sortir de la neutralité politique qu'observent les Juifs français. Très vite en effet, les Allemands au Nord et le régime vichyste en zone Sud procèdent à des recensements. Chassés de certaines professions, les Juifs sont également spoliés de leurs biens, près de 11 000 entreprises étant aryanisées. Plongés dans le dénuemement, la communauté tend alors à recourir à des organisations juives de bienfaisance, ce qui sert les desseins allemands: en plaçant les Juifs sous la dépendance de ces structures, le Reich espère créer une organisation otage propre à faciliter sa politique barbare




