Il fut un temps béni où le tirage des journaux pouvait dépasser le
million, où pour couvrir la guerre d'Espagne, un Paris-Soir dépêchait un Joseph Kessel ou un Antoine de Saint-Exupéry, un temps enfin où un Camus journaliste ferraillait dans les colonnes de Combat contre François Mauriac. Cette époque n'est plus, la crise de la presse quotidienne le démontre, mais deux ouvrages récents nous invitent à plonger dans ce passé mythique en s'attaquant à deux monstres sacrés: Pierre Lazareff et le journal Combat.
Explorant les deux versants public et privé de l'homme, la copieuse biographie qu'Yves Courrière consacre à Pierre Lazareff offre un portrait chaleureux mais critique d'un être voué dès son plus jeune âge au culte de la presse. Né en 1907, Pierre Lazareff vend en effet son premier article à 14 ans, et s'engage alors résolument dans la carrière, au grand désespoir de son père. D'abord spécialisé dans la rubrique théâtrale, il entre par hasard au quotidien Paris-Midi que dirige l'industriel Jean Prouvost, pour s'occuper de la page spectacle. Mais le tandem Prouvost-Lazareff, en recourant à des recettes révolutionnaires, va faire littéralement décoller le tirage d'un quotidien qui jusque-là végétait.
En refusant l'argent que dispensaient gouvernements étrangers et intérêts privés, en privilégiant une écriture simple et accessible, en veillant enfin à la fraîcheur des informations, Pierre Lazareff conduit Paris-Midi au succès. Et en appliquant ces méthodes à Paris-Soir rac




