Bernardo Atxaga, L'HOMME SEUL, Christian Bourgois, 384 pp., 160 F;
et UN CHEVEU SUR LA LANGUE, Le Serpent à Plumes, 212 pp., 85 F.
Peut-on reprocher aux héros de romans d'user de pseudonymes? Carlos, l'homme seul, n'est pas son vrai nom, mais après tout, Atxaga non plus n'est pas le vrai nom de l'auteur. Bernardo Atxaga est né en 1951, et depuis près de vingt ans il use de ce nom pour écrire en basque, l'une des plus anciennes langues vivantes, aujourd'hui parlée par moins d'un million de personnes. En 1989, son premier gros roman, Obabakoak, a permis à cette littérature basque ressuscitée d'être reconnue dans toute l'Espagne, le livre y reçut des récompenses d'ordinaire échues à des oeuvres castillanes. Obabakoak, publié en français par Christian Bourgois, signifie «les gens d'Obaba», le village mythique qu'Atxaga inventa pour incarner la réalité basque, inscrite dans la mémoire d'un peuple identifié. Carlos est un Obabakoa, né-natif d'Obaba, il est représentatif de toute une génération d'aberzale, patriotes basques, qui a eu ses 20 ans avant la mort de Franco, et dont certains, engagés dans la lutte armée, ont été graciés à l'avènement de la démocratie.
En 1982, Carlos est rangé des voitures, avec ses amis Laura, Ugarte et Guiomar, il tient un hôtel près de Barcelone (où Atxaga fit ses études), hôtel acheté à leur sortie de prison à l'aide de fonds acquis l'arme au poing auprès des banques. C'est l'année de la Coupe du monde de foot en Espagne, l'hôtel de Carlos héberge l'équ




