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Critique

Droit de cuisage? Mon cul! : ""Alain Boureau""

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Publié le 23/03/1995 à 1h53

Alain BOUREAU, LE DROIT DE CUISSAGE, LA FABRICATION D'UN MYTHE.

XIIIe-XXe SIECLES. Albin Michel, «L'Evolution de l'humanité», 331 pp., 140 F.

Ce que le titre de ce livre comporte d'affirmation apparente est, dès le sous-titre, définitivement corrigé: non, le droit de cuissage que les seigneurs féodaux auraient eu sur leurs sujettes nouvellement épousées n'a jamais existé! Ce n'est qu'un «mythe», mais un mythe puissant si l'on en juge par sa pérennité et par le rôle qu'il a joué et joue encore dans notre représentation d'un «Moyen Age» égrillard ou tyrannique. S'il ne s'agissait que de démontrer l'inexistence de la chose, la cause serait vite entendue: la religion chrétienne, qui a si fortement imprégné la société occidentale, a dès les premiers siècles érigé en valeur intangible la souveraineté des époux dans le choix libre d'une union monogame exclusive de toute ingérence extérieure. Au XIIe siècle, le mariage est même devenu un sacrement de l'Eglise, fondé sur le consentement des époux et la consommation de leur union. Le nom ambigü de «cullage»

Voilà qui n'exclut ni l'adultère, ni le viol, ni même l'enlèvement de l'épouse par quelque seigneur tyrannique; mais ce ne sont là que des entorses au droit et à la morale, le contraire du droit. Il eût été inconcevable de faire du cuissage un droit, fût-il «coutumier» ou «bizarre». Une preuve supplémentaire en est que le prétendu cuissage n'est mentionné anciennement que de manière très sporadique (cinq fois seulement de manière cer

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